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CHAPITRE XX

erreur contre laquelle il convient de se tenir en garde. On présente souvent les hallucinations comme des images internes projetées à tort dans le monde extérieur ; mais, quand elles sont complètes, elles^ sont plus que de pures images. Si on laisse de côte la question de valeur objective, toute hallucination est bel et bien une sensation ; et l’objet serait là qu’il n’y aurait ni une meilleure, ni une autre sensation. Mais l’objet n’est pas là ; c’est le seul point qui sépare la sensation de l’hallucination.

Au plus bas degré, nous avons ce que l’on appelle les pseudo-hallucinations, que l’on a nettement distinguées en ces dernières années des hallucinations proprement dites. Les pseudo-hallucinations diffèrent des images ordinaires de la mémoire et de l’imagination par leur vivacité, leur précision, leur détail, leur fermeté, leur soudaineté et leur spontanéité (entendez par ceci que nous n’avons aucunement conscience de les produire nous-mêmes). Le docteur Kandinsky avait un malade auquel l’opium et le haschisch donnaient de nombreuses hallucinations et pseudo-hallucinations ; ce malade, étant lui-même un « visuel » excellent et un médecin distingué, put facilement différencier les trois sortes de phénomènes (images, pseudo-hallucinations et hallucinations). Bien que projetées au dehors, mais sans généralement aller plus loin que la limite de vision distincte, c’est-à-dire une trentaine de centimètres environ, les pseudo-hallucinations ne présentaient pas le caractère de réalité objective qui caractérise les hallucinations ; mais, à la différence des pures images, il était à peu près impossible de les reproduire à volonté. La plupart des « voix » que certaines gens entendent (qu’elles y croient ou n’y croient pas) ne sont que des pseudohallucinations. On les a décrites comme des voix intérieures, bien quelles diffèrent totalement de la

LA PERCEPTION

parole intérieure que nous nous parlons à nousmêmes. Différentes personnes que je connais entendent de ces voix intérieures, qui leur font même, quand elles les écoutent dans un silence attentif et recueilli, des observations absolument inattendues. Ces voix, d’ailleurs, sont fréquentes dans -les cas de folie ; elles peuvent à la fin devenir des hallucinations nettes et franchement extériorisées. Sous cette forme vive, elles constituent la majorité des cas dits « sporadiques », et certains sujets sont exposés à les éprouver souvent. D’après les enquêtes du « Census of Hallucinations », inaugurées par Edmund Gurney, on peut dire qu’en moyenne un homme sur dix a eu une hallucination vive à une époque quelconque de sa vie. En voici un exemple, emprunté à une personne saine.

« N’étant encore qu’une jeune fdle de dix-huit ans, j’eus un soir une discussion extrêmement pénible avec une personne d’un certain âge. J’étais tellement hors de moi que, prenant sur le manteau de la cheminée du salon une forte aiguille à tricoter en ivoire, je la brisai en petits morceaux tout en parlant. Au milieu de la discussion, j’éprouvai le désir de savoir ce qu’en pensait un frère que j,’ aimais beaucoup. Je me retournai, et le vis assis tout au bout d’une table de milieu, les bras croisés (attitude qui ne lui était pas familière) ; à mon grand déplaisir, je vis à 1 expression sarcastique de sa bouche qu’il n’était pas de mon avis, et ne prenait pas « mon parti », comme j’aurais dit alors. Je fus glacée de surprise, et la discussion tomba. Quelques minutes plus tard, une occasion se présentant de lui parler, je me tournai vers lui ; mais il avait disparu. Je demandai quand il avait quitté le salon, et l’on me répondit qu’il n’y avait pas paru ; mais je n’en crus rien, pensant qu’il n’avait fait qu’entrer et sortir sans qu’on le remarquât. Cependant, une heure

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