CHAPITRE XX
et demie plus tard, il vint et me prouva, non sans difficulté de ma part, qu’il avait été éloigné de la maison toute la soirée (1). »
Les hallucinations que donne le délire de la fièvre sont un mélange de pseudo-hallucinations, d’hallucinations proprement dites et d’illusions. Il en est de même de celles que donnent l’opium, le haschisch et la belladone. L’hallucination la plus fréquente est incontestablement celle qui consiste à s’entendre appeler par son nom ; à peu près la moitié des cas sporadiques que j’ai pu relever rentrent dans cette catégorie.
Hallucination et illusion. — Rien de plus facile que de suggérer par la parole des hallucinations à des sujets pendant l’hypnose. Dites-leur, par exemple, en leur indiquant une tache sur une feuille de papier : « voilà la photographie du général Grant », et ils la verront immédiatement à la place de la tache. C’est de cette tache que la perception tient son objectivité, tandis que l’image du général lui fournit sa forme. Agrandissez la tache avec une lentille, dédoublez-la avec un prisme, ou par le moyen d’une pression exercée sur les globes oculaires, réfléchissez-la dans un miroir, renversez-la, effacez-la, etc. : votre sujet vous dira que vous agrandissez, dédoublez, réfléchissez, renversez ou effacez la photographie du général. Pour parler comme M. Binet, la tache est le point de repère extérieur nécessaire pour donner de l’objectivité à la suggestion, qui ne produirait sans cela qu’une image intérieure dans la conscience du sujet. M. Binet a prouvé la présence de ce point de repère dans un nombre énorme d’hallucinations, non seulement chez les hypnotisés, mais encore chez les fous. Les fous
(1) Proceedings of Society for Psychical Research, Déc. 1889, p. 183.
LA PERCEPTION
ont souvent l’haliucination « unilatérale », c’est-àdire qu’ils n’entendent des voix que d’un seul côté, ou ne voient des apparitions que si tel de leurs yeux est ouvert. Dans beaucoup de ces cas, on a pu nettement prouver que le courant qui venait mettre en branle les centres malades de l’ouïe et de la vue, et déclancher leurs images, était provoqué par une irritation morbide de l’oreille interne ou par un épaississement des humeurs de l’œil. Des hallucinations de cette sorte ne sont que des illusions ; et la théorie de M. Binet, mettant dans les organes périphériques le point de départ de toute hallucination, est un effort pour réduire les deux phénomènes à un seul type physiologique, qui est précisément celui de la perception normale. Ce serait toujours un com^ant périphérique qui fournirait le caractère de vivacité sensorielle, aussi bien à rhallucination et à l’illusion qu’à la perception. Une simple trace de courant pourrait même suffire, d’une part à déterminer une désintégration maximale dans les cellules (cf. page 407), et d’autre part à garantir à l’objet perçu le caractère extériorité. Et la nature particulière de cet objet dépendrait exclusivement du système de voies nerveuses parcourues par le courant de désintégration. Ainsi retrouverions-nous vérifiée la loi de collaboration entre le dehors et le dedans, entre les sens et l’imagination. Mais il ne faut pas demander à l'introspection de doser ici les apports respectifs ; nous ne pouvons dire qu’une chose : le cerveau réagit sur l’impression venue des sens, et précisément de façon à produire le résultat qui se produit en fait.
La théorie de M. Binet rend certainement compté d’une multitude de cas, mais non pas de tous. Le prisme ne dédouble pas toutes les hallucinations, et toutes ne disparaissent pas dès qu’on ferme les yeux. Selon M. Binet, l’activité prépondérante ou exclusive