CHAPITRE XXI
pas de nous donner des sensations très volumineuses. Cette disproportion entre les dimensions de l’impression sensible et les dimensions de la surface sensorielle est une loi générale qui s’applique, non seulement à tous les organes des sens, mais encore aux différentes parties ou régions de ces organes. C’est ainsi qu’un même objet sera vu plus grand par la tache jaune que par les régions périphériques, cependant autrement étendues, de la rétine. On peut s’en
Fig. 65 (d’après Weber).
Les lignes pointillées figurent le tracé réel des pointes du compas, et les lignes pleines, le tracé perçu.
rendre compte; il suffit, pour cela, de fermer un œil et de regarder alternativement de l’autre les index des deux mains, maintenus parallèles, et écartés d’environ cinq centimètres ; on voit alors se raccourcir et comme se contracter le doigt que l'œil cesse de fixer, c’est-à-dire de centrer sur sa tache jaune. De même encore, si l’on trace sur la peau deux lignes parallèles avec les pointes équidistantes d’un compas ou d’une paire de ciseaux, ces lignes donnent l’impression tantôt de se rapprocher et tantôt de s’écarter. Tracées en travers du visage, elles sont perçues sous la forme d’une ellipse qui s’élargit autour de la bouche pour se rétrécir sur les joues.
Voici donc ma première thèse : L’ÉTENDUE CON¬ CRÈTE ET QUALITATIVE cjue présentent, plus ou
LA PERCEPTION DE l’eSPAGE
moins accusée, toutes nos sensations, constitue LA SENSATION PRIMITIVE D’ESPACE ; et c’est de cette sensation qu’un travail incessant d' élimination et de sélection dégagera, à la longue, toutes nos connaissances et représentations ultérieures de l’espace.
Construction de l’espace réel. — Quand il ouvre pour la première fois ses sens sur le monde, le nouveau-né éprouve sans doute l’impression de je ne sais quoi de vaste et d’étendu ; mais cette première expérience de l’étendue ne comporte encore ni divisions, ni directions, ni grandeurs, ni distances. Virtuellement sans doute, la chambre où il vient de naître est divisible en une multitude de parties, tant fixes que mobiles, qui ont toujours entre elles et avec lui des rapports précis. Virtuellement encore, cette chambre, considérée dans son ensemble, pourrait s’accroître des espaces qui Fenvironnent, et se prolonger ainsi dans diverses directions vers le monde extérieur avec lequel elle est en continuité. Mais, en fait, l’enfant ne perçoit encore ni ces parties internes, ni ces espaces adjacents ; et précisément presque tout l’effort de sa première année consistera à les percevoir successivement, à les reconnaître et à s’en faire des représentations constantes et détaillées. Cet effort sera celui de la construction de V espace réel, objet nouveau qu il lui faut percevoir pour lui-même, en le dégageant des premières expériences chaotiques d étendue. Cette éducation comporte différentes phases, subordonnées les unes aux autres. L enfant doit suceessi\ement apprendre :
1) à morceler en éléments distincts et individuels r objet global que lui donnentses sensations visuelles ou tactiles primitives ;
à synthétiser certaines qualités sensibles hétérogènes, en les rapportant à un seul et même « objet y> en qui elles s’identifient, de façon à ce qu’il puisse