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CHAPITRE XXI

reconnaître cet objet sous toutes les diverses sensations visuelles, auditives, tactiles, etc., sous lesquelles il peut être donné ;

3) à situer avec précision cet objet étendu parmi les autres objets étendus qui V environnent et qui constituent Vunivers;

4) à disposer selon un ordre déterminé tous ces objets dans l’espace à trois dimensions ;

5) enfin à percevoir, c’est-à-dire à mesurer leurs grandeurs respectives.

1) Discriminations et divisions. — Nous n’avons pas grand’chose à ajouter ici à ce que nous avons établi déjà dans le chapitre xiv. Tout ce qui se meut, tranche ou brille, s’impose par là même à l’attention, et devient un objet spécial qu’environne le reste du champ visuel ou du champ tactile. Isoler un objet par l’attention, c’est l’isoler dans son milieu, qui continue à lui servir de cadre : ce fait constitue une des lois dernières et irréductibles de la sensibilité. De plus, quand nous sommes devenus assez familiers avec différents de ces objets pour les reconnaître individuellement, notre attention peut se porter sur plusieurs d’entre eux à la fois. Nous pouvons alors les voir et les sentir à côté les uns des autres, dans le champ global de nos perceptions étendues. D’être « à côté les uns des autres » leur constitue une détermination spatiale primitive, extrêmement vague à l’origine, et qui peut même ne s’accompagner d’aucun sentiment de direction ou de distance précises ; telle quelle, cependant, il faut encore regarder cette détermination spatiale comme une donnée dernière et irréductible de la sensibilité.

2) « Objectivation » ou synthèse de diverses sensations hétérogènes en un seul « objet ». — Quand nous avons deux sensations en même temps, nous tendons naturellement à les rapporter à un même objet, à

LA PERCEPTION DE l’eSPACE

une même « chose ». Si, par exemple, je m’approche d’un conducteur électrique, j’entends un hruit sec, je vois une étincelle et je sens une piqûre: ces trois impressions perçues en même temps m’apparaissent comme trois impressions venues d’un même lieu, comme trois aspects différents d’une seule et même réalité, la décharge électrique. Cette identification spatiale du lieu de la réalité vue, du lieu de la réalité entendue et du lieu de la réalité sentie, tous trois fondus en un seul lieu, se fait encore grâce à une loi irréductible et dernière de la conscience, à savoir que nous simplifions, unifions et identifions partout et toujours, autant que faire se peut. Nous situons ensemble toutes les données sensibles^ quelles qu'elles soient, que peut embrasser un même acte d’attention ; nous réduisons leurs étendues à une seule étendue; nous tenons le lieu où l’une apparaît pour identique aux lieux où les autres apparaissent. Tel est le premier et grand « décret » qui règle l’organisation spatiale de notre univers.

Les sensations ainsi groupées en un seul objet sont loin de garder une même valeur dans leur groupement. L’une d’elles passe pour être l’objet lui-même, les autres n’étant que ses propriétés, modes ou apparences plus ou moins accidentels. La sensation à laquelle échoit le privilège de constituer l’essence de l’objet doit cet honneur à ce fait que sa qualité est, de toutes les qualités sensibles, la plus constante et la plus importante au point de vue pratique. Le plus souvent, c’est la qualité de dureté et de poids. Ce peut être aussi la qualité de volume ; car dureté et poids ne vont pas sans v«iume tactile, et, nos yeux pouvant toujours voir dans notre main un objet qu’elle palpe, le volume tangible et le volume visible sont conçus par là comme s’équivalant l’un f autre. Ce peut être encore, et même souvent, la qualité de

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