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CHAPITRE XXI

forme ; et parfois même les qualités de température, de saveur, etc. Cependant, d’ordinaire, lorsque les qualités de température, d’odeur, de sonorité, de couleur, etc., se trouvent en concurrence avec la qualité de volume tangible ou visible, elles lui cèdent le pas, si vives soient-elles, et passent au plan secondaire des accidents. Il est bien vrai que nous pouvons entendre le son, ou respirer l’odeur, d’un objet que nous nous ne voyons ni ne touchons ; mais, c’est quand nous le pouvons voir ou toucher que ses qualités de son et d’odeur atteignent leur intensité maximum. Aussi logeons-nous ces qualités dans le volume vu ou touché comme dans leur source, et les considérons-nous comme de simples propriétés que l’objet fait rayonner autour de lui, sous forme raréfiée, dans les espaces adjacents.

Ce qu’il y a de plus remarquable en tout ceci, c’est que les qualités sensibles qui se prêtent à ce mécanisme d’identification spatiale proviennent toutes d’organes sensoriels distincts. Ces qualités, en effet, ne tendent aucunement à se déplacer l’une l’autre de la conscience ; et cette absence d’exclusivisme permet à l’attention de les synthétiser toutes sous un seul regard. Souvent même, elles varient de compagnie, et atteignent ensemble leur maximum. Ainsi pouvons-nous formuler cette loi générale : la conscience loge l’une dans l’autre toutes les sensations simultanément expérimentées, et qui s’ associent sans s’interférer.

3) « Extériorisation » des objets par rapport les uns aux autres. — Mais le phénomène d’interférence se produit sitôt que les sensations différentes et simultanées viennent du même organe sensoriel : il est impossible alors à l’attention de les percevoir toutes à la fois. Partant, nous ne les logeons plus l’une dans l’autre, mais l’une à côté de l’autre ; nous les extériorisons l’une par rapport à l’autre ; nous tes ordonnons

LA PERCEPTION DE l’eSPACE

el sérions dans une étendue qui déborde l’étendue qualitative de chacune d’elles.

Nous pouvons d’ordinaire retrouver un objet, qui vient de disparaître de notre champ visuel, en ramenant nos yeux vers lui par-dessus les objets intermédiaires. L’habitude de chercher et de retrouver ainsi un objet parmi ses voisins, nous incline à concevoir tout objet comme le centre d’un groupe d’autres objets, qui l’environnent et le débordent de tous côtés, et qu’il ne tient qu’à nous de découvrir dans toutes les directions. Dès lors, toute perception visuelle a pour « frange » cette possibilité d’extension de la vision à des objets voisins. D’autre part, nous percevons et nous rappelons, en même temps que les divers objets qui se succèdent dans notre vision, les mouvements qui nous font passer de l’un à l’autre. Peu à peu donc, et par association, la pensée de tel ou tel mouvement en vient à nous suggérer la pensée de tels ou tels objets étendus. Peu à peu également, et cette fois par abstraction, nous détachons des objets leurs qualités sensibles, pour ne retenir que leur étendue, que nous pensons désormais pour elle-même, mais non pas sans les mouvements qui nous la font trouver et parcourir, et qui seuls lui restent constamment associés. Ainsi en venons-nous progressivement à ne plus pouvoir séparer le mouvement et l’étendue visuelle, à les considérer comme s’impliquant toujours l’un l’autre, et, finalement, à les prendre pour synonymes l’un de l’autre. L’espace vide n’est plus alors pour nous que le champ du « mouvement » ; et, pour peu que nous soyons psychologues, nous ne tarderons sans doute pas à tomber dans l’erreur de ceux qui attribuent au « sens musculaire » le premier rôle dans la perception immédiate de l’étendue ellemême.

4) «Localisations» précises et systématisées. — C’est

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