‹ Précis de psychologieChapitre 245 sur 348 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ici que le sens musculaire trouve tout son emploi; car c’est à lui que revient de nous déterminer l’emplacement des objets vus, touchés ou entendus, et de fixer leur ordre de position. Supposez que nous fixions un point dans l’espace, et qu’un autre point vienne se projeter sur les marges de notre rétine et saisir notre attention : immédiatement nous dirigerons sur ce nouveau venu nos taches jaunes, le faisant ainsi se projeter successivement sur tous les points de la ligne rétinienne intermédiaire. La ligne si rapidement tracée constitue bel et bien un objet visuel, que terminent, à chacune de ses extrémités, les deux points successivement fixés. Sa longueur les sépare et les situe l’un par rapport à l’autre. Supposez, maintenant, qu’un troisième point s’impose encore à notre attention, mais un point qui soit plus « périphérique » encore que le second : pour faire tomber ce troisième sur leurs taches jaunes, les globes oculaires reprendront leur mouvement en le prolongeant, et en prolongeant d’autant la ligne, en sorte que, cette fois, le second point apparaîtra situé entre le premier et le troisième. A chaque instant, des objets périphériques tracent ainsi de ces lignes qui les relient à d’autres objets, auxquels ils dérobent en même temps et le privilège de fixer notre attention, et celui d’être le centre de notre champ visuel. Par là, chaque point de la périphérie rétinienne apparaît comme le point de départ possible d’une ligne qu’il suggère, et qu’un mouvement des yeux suffirait à réaliser ; aussi, le champ visuel le plus immobile finit-il par signifier tout un système de positions, que déterminent virtuellement l’infinité des mouvements qui pourraient aller de son centre à toutes ses parties périphériques.

Il n en va pas autrement de nos sensations tactiles et articulaires. Mouvoir la main sur un objet, c’est tracer des lignes au bout desquelles nous éprouvons

LA PERCEPTION DE l’eSPACE

des perceptions nouvelles. Ces lignes s'impriment tantôt sur les surfaces articulaires, tantôt et tout aussi bien sur la peau elle-même ; dans les deux cas, elles séparent et situent avec exactitude les objets qui leur servent de termes. Ainsi encore des sons et des odeurs ; l’intensité et la netteté de leurs perceptions dépendent des positions de notre tête. A telle position donnée correspond la netteté maximum de tel son et de telle odeur : tournez la tête, et ce son et cette odeur s’affaiblissent, tandis qu’un autre son et une autre odeur arrivent à leur maximum. Les deux sons^ les deux odeurs sont ainsi séparés par le mouvement qui a pour termes deux positions de la tête, mouvement qui donne l’impression de s’amplifier et de nous faire parcourir des espaces plus ou moins lointains. Sa perception subjective est à chaque fois la synthèse des sensations qu’il détermine dans les canaux semicirculaires, de celles qu’il détermine dans les cartilages des articulations du cou, et de celles enfin qu’il détermine sur la rétine.

C’est en couplant ainsi des perceptions et des mouvements, que nous pouvons situer avec plus ou moins de précision tout ce que nous voyons, touchons, sentons ou entendons, c’est-à-dire marquer à un objet sa place en fonction d’objets voisins, tantôt donnés, et tantôt simplement imaginés à côté de lui. Je parle d’objets « voisins », sans préciser autrement, par crainte d’embrouiller mon sujet en y faisant déjà intervenir la « troisième dimension » avec ses déterminations de distances, profondeurs, épaisseurs, etc.

5) Comparaison, réduction et rectification des grandeurs et des formes perçues dans les objets. — Ce qui frappe ici tout, d’abord, c’est qu’il nous manque une faculté, celle qui nous permettrait de comparer immédiatement, et avec quelque exactitude, les étendues qualitatives de sensations hétérogènes. Sans doute, la

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