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CHAPITRE XXII

désespérément. Le second brisera ce bloc, et le morcellera en attributs distincts, dont Lun ou 1 autre retiendra son attention et deviendra pour lui la partie essentielle de la donnée totale. Cette partie présente des propriétés et des conséquences que le tout ne révélait point, mais qu’il doit nécessairement contenir, contenant la partie qui les contient. Appelons

S la donnée concrète,

M son attribut essentiel, et P la propriété de cet attribut.

Pour conclure P de *S, il faut nécessairement recourir à la médiation de il/, qui est ainsi le troisième terme, le « moyen terme », du raisonnement ; et c’est, nous l’avons dit, 1’ « essence » de S. Ainsi donc, le raisonnement a substitué à la donnée concrète originale S sa propriété abstraite M. Tout ce qui est vrai de M, est égalemeni vrai de S ; tout ce qui est lié à M, est également lié à S. Puis donc que M est une des parties du tout S, raisonner revient exactement à substituer aux touts leurs parties, avec ce qu’elles impliquent et ce qu’elles entraînent. Ainsi, l’art de raisonner exige deux qualités distinctes :

1) de \Vi sagacité, c’est-à-dire une aptitude à découvrir la partie M incrustée dans S ;

2) du savoir, c’est-à-dire une aptitude à se rappeler promptement les conséquences et les associations et les implications de M.

Si, maintenant, nous considérons le syllogisme classique,

il/ est P ; \=Majeure : Tout homme est mortel ;]

S est M ; \ = Mineure : Socrate est homme ;]

S est P. \= Conclusion : Socrate est mortel.]

nous voyons que c’est la mineure, la « subsumption » comme on l’appelle quelquefois, qui réclame de la

LE RAISONNEMENT

sagacité, tandis que c’est la majeure qui demande du savoir et des connaissances acquises. Généralement, le savoir fait moins facilement défaut que la sagacité, parce qu’on rencontre plus facilement l’aptitude à s’assimiler des généralités connues que l’aptitude à saisir les nouveaux aspects des choses ; si bien que, dans la plupart des raisonnements, c’est la mineure qui marque le progrès et l’enrichissement de la pensée. — Il ne faudrait cependant pas trop universaliser cette remarque ; car il peut se rencontrer des cas où la majeure elle-même est inédite, où le rapport de P à i/est loin de constituer une vérité banale.

Toujours est-il que s’apercevoir que S est M revient à envisager 5 sous un jour particulier, à se faire une conception particulière de son essence ; tandis que savoir que M est P revient à posséder une proposition abstraite et générale. — Il nous faut dire un mot sur ces deux points. Et d’abord

Il y a bien des façons de concevoir « les essences ». — Quand nous conc'evons S uniquement sous son aspect M, quand nous concevons, par exemple, le vermillon uniquement comme un composé mercuriel, nous nous attachons à cet attribut M, à l’exclusion de tout autre attribut possible : nous mutilons donc la réalité intégrale de S. Toute réalité présente une infinité d’aspects ou de propriétés. Même dans une simple ligne tracée en l’air on peut ainsi considérer à part sa forme, sa longueur, sa direction, sa situation spatiale. Mais, dès qu’il s’agit d’une donnée plus complexe, il n’y a plus de limite au nombre de ses aspects possibles, qui peuvent se multiplier à l’infini ; le vermillon n’est pas qu’un composé mercuriel, c’est encore une substance de couleur rouge vif, d’un certain poids, d’une certaine étendue, qui nous vient de Chine, etc., etc. Tous les objets sont des sources inépuisables de propriétés, que nous ne connaissons

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