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CHAPITRE XXII

possédant en commun, à le nommer, à le concevoir comme la réalisant ; et pour moi qui le classifie, le nomme et le conçois, toute autre vérité le concernant n’existe pas. Mais ces propriétés importantes varient d’homme à homme, et d’heure en heure. Cependant, bien des objets d’un usage journalier, tels que le papier, l’encre, le beurre, un pardessus, etc., ont des propriétés d’une importance si constante et si fixe, et des noms si bien stéréotypés, que nous finissons par ne plus les concevoir sans ces propriétés et ces noms, et par croire que les concevoir ainsi est le seul moyen de les concevoir selon la vérité. Mais ces conceptions ne sont pas plus vraies que d’autres ; elles sont simplement d’un usage et d’une utilité plus fréquents.

Tout raisonnement obéit à la loi d’intérêt. — Revenons à notre schème du raisonnement :

M est P ;

S, est M;

S est P.

M est dégagé et mis en vedette comme constituant momentanément l’essence de la donnée concrète S, qui est un phénomène ou une réalité quelconque. Mais M se trouve, en notre univers, indissolublement lié à P, si bien que P est la première chose qu’il faut nous attendre à trouver en S. Ainsi pouvonsnous inférer l’existence de P, grâce à la médiation de M, en qui notre sagacité a su reconnaître l’essence de S, dès qu’il nous fut présenté.

Si a vraiment de l’importance pour nous, nous avons eu cent fois raison de choisir et d’abstraire M ; ce fut on ne peut mieux avisé. Mais, si P s’était trouvé dénué de valeur subjective, ce n’était pas endf, mais en quelque autre attribut, qu’il eut convenu de mettre l’essence de S. Autrement dit, et du point de vue psychologique, c’est P qui, dès le commencement.

LE BAISONNEMENT

doit normalement dominer et orienter tout le processus du raisonnement. C’est P que nous cherchons, ou quelque chose qui lui ressemble ; -S pris en bloc ne nous le fournissant pas, nous tâchons à discerner un aspect quelconque de S qui nous y mène. Et c’est tomber juste et faire preuve de sagacité que de s’arrêter sur M, puisque c’est précisément M qui a la prérogative d’offrir un lien nécessaire avec P. Si, au lieu de P, nous cherchions Q, et si N était l’attribut de 5 lié à O, il nous aurait fallu discerner N, ignorer M, et concevoir l’essence de S exclusivement en fonction de N.

Ainsi, l’on ne raisonne qu’en vue d’atteindre quelque conclusion particulière, ou de satisfaire quelque curiosité. Et non seulement le raisonnement exige que l’on morcelle la donnée concrète qui lui sert de matière, et qu’on s’en fasse une conception abstraite, mais il exige encore qu’on s’en fasse la conception qui convient ; et la conception qui convient est celle qui porte sur l’attribut abstrait capable de mener à la conclusion, objet unique des désirs actuels de celui qui raisonne.

Notez que le hasard peut fort bien donner les mêmes résultats que le raisonnement. Si le stéréoscope a été inventé en fait par un savant, il aurait fort bien pu être trouvé par un ignorant, qui se serait amusé à faire tomber des images sur des miroirs. On a vu des chats ouvrir des portes en tirant le loquet, etc. ; mais, que le loquet se dérangé, et le chat ne pourra plus ouvrir la porte. A moins qu’à force de tâtonner il n’y réussisse d’aventure, ce qui lui fera associer tout un mouvement nouveau à toute son ancienne représentation de la porte fermée. Mettez, au contraire, un homme à la place du chat ; il arrivera au même résultat, mais en raisonnant d’abord et analytiquement sur les obstacles qui

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