‹ Précis de psychologieChapitre 274 sur 348 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

cœur et de l’appareil respiratoire. Son principal effort pendant les crises consiste à régulariser ses inspirations, et à ralentir les battements de son cœur ; et au moment où il arrive à respirer profondément et à se tenir droit, il a l’impression que sa terreur cesse ipso facto.

Ici l’émotion se réduit exclusivement au sentiment d’un état corporel ; et sa cause est purement physique.

Voici - maintenant un second point à noter : toute modification organique^ quelle qu’elle puisse être, est immédiatement sentie dans quelque état de conscience vif ou obscur. Si cette assertion vous paraît étrange et nouvelle, vérifiez-la en cherchant en vous-mêmes les sensations organiques qui caractérisent vos divers états émotionnels. Cette étude ne peut manquer de vous intéresser et de vous surprendre, par le nombre et la diversité des sensations que vousvous découvrirez par tout votre corps. Je n’irai pas jusqu’à vous demander d’arrêter le cours de quelque violente passion, pour la soumettre à une analyse aussi curieuse ; contentez-vous d’observer des émotions plus tranquilles, et croyez alors que ce qui est vrai des plus faibles l’est aussi des plus fortes. Toute notre « capacité cubique » est sensible et vivante ; et le moindre de ses recoins contribue par des pulsations émotionnelles, sourdes ou vives, agréables, pénibles ou indécises, à constituer ce sentiment de personnalité que chacun d’entre nous promène toujours et partout avec soi. On est tout surpris de voir quels menus détails peuvent parfois donner le ton à ces états généraux de sensibilité complexe. 11 peut arriver, par exemple, que dans un ennui très léger les états de conscience organiques aient pour centre ou foyer une contraction, souvent infinitésimale, des yeux et des sourcils. Un embarras momen-

l’émotion

tané se signale par le sentiment de je ne sais quoi dans le pharynx, qui nous force à faire des mouvements de déglutition, à nous dégager le gosier, ou à tousser légèrement. Et ainsi de suite, pour tous les exemples qu’on pourrait citer. Grâce aux changements variés dont sont susceptibles nos activités organiques, on peut supposer a priori qu’aucune nuance d’émotion ne peut se produire sans se répercuter dans le corps, et que cette expression physique, prise dans son intégralité, est aussi unique en son genre que peut l’être la nuance d’émotion elle-même. Par là s’explique l’impuissance où nous sommes de reproduire de sang-froid toute l’expression d’une émotion quelconque, avec toutes ses réactions organiques : elles sont trop. Nous reproduirons peut-être celles de nos muscles volontaires, dont nous pouvons surprendre le mécanisme ; mais nous ne parviendrons pas à reproduire celles de la peau, des glandes, du cœur et des autres viscères. Tout comme un éternuement artificiel manque quelque peu de réalité, ainsi toute imitation volontaire du chagrin ou de l’enthousiasme, en l’absence de leurs excitants normaux, est exposée à « sonner creux ».

J’en viens enfin au point central de toute ma théorie : essayez de vous représenter par V imagination quelque forte émotion, puis lâchez d’éliminer de celte représentation toutes les sensations des symptômes corporels de l’émotion : vous verrez alors qu’il ne vous restera plus rien d’émotionnel dans la conscience, plus le moindre élément psychique qui puisse y donner corps à l’émotion proprement dite ; vous n’aurez plus devant vous qu’un état froid et neutre de perception intellectuelle, La plupart des gens que l’on prie de se soumettre à cette épreuve conviennent que leur observation intérieure vérifie mon assertion ; cepen-

Page 1