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CHAPITRE XXIY

colère rappellerait le geste atroce de nos ancêtres, quand « la bouche pleine du corps de leur ennemi, où s’enfonçaient leurs crocs », il leur fallait respirer à narines dilatées pendant le combat (!). Mantegazza suppose que le tremblement de la peur a pour but de réchauffer le sang (!). Wundt fait de la rougeur du visage et du cou un phénomène de « compensation », destiné à soulager le cerveau de la pression sanguine provoquée par l’excitation du cœur à ce moment. C’est par un mécanisme analogue de diversion de l’irrigation sanguine que Wundt et Darwin expliquent l’effusion des larmes. La contraction des muscles orbiculaires, qui servait d’abord à préserver l’œil d’une congestion pendant les accès de cris de l’enfant, survit chéz l’adulte sous la forme du froncement des sourcils, qui se produit sitôt qu’un ennui ou une difficulté gênent la pensée ou l’action. « Depuis d’innombrables générations^ dit Darwin, les enfants sont fidèles à l’habitude de contracter les sourcils au début de leurs accès de larmes et de cris. A la longue, une association invincible s’est établie entre ce geste et le sentiment naissant d’un désagrément ou d une souffrance, association qui a dû se prolonger jusque dans l’âge adulte, où un désagrément nous fait toujours froncer le sourcil, encore que nous n’allions plus jusqu’aux larmes. C’est que nous commençons de bonne heure à retenir volontairement nos larmes et nos cris ; mais nous n’arrivons guère, à aucun âge, à retenir le froncement de nos sourcils. »

Un autre principe, auquel Darwin ne paraît pas rendre suffisamment justice, est celui qu’on pourrait appeler principe des réactions par analogie. Entendez par là les réactions semblables que provoquent des impressions semblables, ces impressions seraientelles déterminées par des excitations différentes. Il y

l’émotion

a tout un vocabulaire d’épithètes qui servent indifféremment à qualifier des sensations cependant hétérogènes ; de toutes, en effet, on peut dire qu’elles nous donnent des impressions de douceur, de tûchesse, de fermeté, àe vivacité, etc. C’est là ce qui a amené Wundt et Piderit à voir dans nombre de réactions très expressives, qui accompagnent des sentiments moraux, tout autant de mouvements analogues à ceux de la dégustation. Toute expérience qui a une affinité quelconque avec les sensations du doux, de l’amer ou de l’aigre, provoque les mouvements que provoqueraient ces saveurs. « Tous les états de conscience que le langage qualifie métaphoriquement d’amers, d’âpres ou de doux se combinent avec les mouvements d’une mimique appropriée de la bouche (1). » On retrouve certainement une mimique de ce genre dans 1 expression du dégoût et de la satisfaction. Le dégoût est un commencement de haut-le-cœur ou de vomissement ; mais il dépasse rarement la grimace des lèvres et du nez. La bouche de l’homme satisfait esquisse une succion béatifique, ou un mouvement de lèvres qui dégustent. Le geste ordinaire de la dénégation (le mouvement de la tête tournant sur son axe de droite à gauche ou de gauche à droite) est le mouvement spontané des bébés qui veulent empêcher un objet désagréable de pénétrer dans leur bouche ; on peut l’observer en perfection dans la première « nursery » venue. Il suffit, pour l’évoquer chez l’homme fait, d’une idée qui « ne lui revient pas ». De même, l’inclination de la tête qui accompagne le « oui » n’est pas sans analogie avec le mouvement de tête que l’on fait pour disposer la bouche à recevoir les aliments. La parenté qui existe entre l’expression des sentiments moraux ou sociaux de dédain et

(1) Wundt, Physiologische Psychologie, II, p. 423.

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