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CHAPITRE XXIV

d’aversion, surtout chez les femmes, et certains mouvements nettement et primitivement liés aux fonctions de l’odorat, est trop évidente pour qu’il soit besoin d y insister. Le clignement des yeux est aussi bien l’effet d’une surprise ou d’une menace quelconques que d’un danger spécial aux yeux. Quand on nous fait à brûle-pourpoint une proposition qui nous déplaît, notre première réponse consiste souvent à détourner le regard. Ces divers exemples suffisent à prouver l’existence de mouvements expressifs par analogie.

Si ces deux principes expliquent un certain nombre de nos réactions émotionnelles (et vous avez pu remarquer combien ces explications sont parfois conjecturales et peu solides), ils ne les expliquent pas toutes. Il en est beaucoup qui leur échappent absolument, et que nous ne pouvons actuellement envisager que comme les effets originaux et inexplicables de leurs excitants. A cette dernière catégorie appartiennent les commotions des viscères et des glandes internes, la sécheresse de la bouche, la diarrhée et la nausée que détermine la peur, les troubles du foie qui occasionnent parfois la jaunisse après un accès de rage, la secrétion urinaire consécutive à l’excitation du sang, la contraction de la vessie dans les cas d’appréhension vive, le bâillement de l’attente, la sensation du « morceau qui ne veut pas passer dans la gorge » que cause le chagrin, le chatouillement au gosier et les mouvements de déglutition que cause l’embarras, 1’ « anxiété précordiale » de la terreur, les mouvements de la pupille, les diverses sueurs, froides ou chaudes, locales ou généralisées, les rougeurs, et nombre d’autres symptômes sans doute qui ne peuvent manquer d’exister, mais qui sont trop obscurs pour avoir attiré l’attention et reçu un nom. Le tremblement, qui accompagne bien d’autres exci-

l’émotion

tâtions que celle de la peur, est de nature purement pathologique, — j’en demande pardon à Spencer et à Mantegazza. Ainsi des autres symptômes violents de la terreur ; ils sont trop nuisibles à leur victime pour avoir une origine utilitaire. Dans un organisme aussi complexe que le système nerveux, il doit y avoir de nombreuses réactions « de rencontre », qui n auraient jamais eu lieu dans une évolution sans heurt, quelle que puisse être d’ailleurs leur utilité. C’est à des hasards de ce genre qu’il convient d’attribuer le mal de mer, la sensibilité au chatouillement, la timidité, l’amour de la musique, le goût de l’alcool et des divers intoxîcants, et même toute notre vie esthétique. Il serait donc par trop ridicule de créer une exception en faveur des réactions dites émotionnelles, et de vouloir qu’aucune d’elles ne puisse être le produit d’un çuasi-accident de l’évolution.

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