CHAPITRE XXV
assez générale ; et quelques exemples vont permettre d’apprécier sa portée.
Il est évident que, chez les poulets et les veaux dont nous venons de parler, la tendance à suivre et à s’attacher disparaît en quelques jours, pour être remplacée par une tendance à fuir ; c’est de ces quelques jours, et des habitudes qui s’y contractent, que dépend l’attitude ultérieure de ces animaux vis-à-vis de l’homme. Chez les poulets, la caducité de la tendance à suivre se marque également par leur conduite visà-vis de la poule. Spalding tint quelques poulets enfermés jusqu’à un certain âge, et put ainsi faire les observations suivantes :
« Un poulet, entendant pour la première fois l’appel de sa mère, à l’âge de huit ou dix jours, n’y prêta pas la moindre attention. Je regrette beaucoup de ne pas trouver mes notes aussi fournies de détails sur ce point que je le voudrais, et qu’elles devraient l’être. J’ai relevé cependant le cas d’un autre poulet de dix jours, qui ne voulut jamais rejoindre la poule ; celle-ci le suivait et lui faisait toutes sortes d’avances, mais en vain, car il l’abandonnait à chaque instant, revenait à la maison, ou courait vers la première personne qu’il apercevait. Rien ne put le faire changer d’attitude, pas même les coups qu’on ne lui ménagea point; car on alla jusqu’à le frapper cruellement une douzaine de fois avec une petite branche. On eut beau lui faire passer la nuit sous les ailes de la poule, il l’abandonna toujours le matin venu. »
Tous les petits des mammifères naissent avec un instinct de sucer immédiatement parfait ; ils contractent dès lors l’habitude de prendre le sein, habitude qui peut se prolonger, chez les enfants non sevrés, bien au-delà du délai ordinaire d’un an ou d’un an et demi. Cet instinct est cependant transitoire; car si, pour une raison ou pour une autre, on nourrit l’enfant à
l’instinct
la cuiller dans les premiers jours, il devient ensuite très difficile de lui faire prendre le sein. Il en est de même des veaux : quand leur mère meurt, ou n'a pas de lait, ou refuse de les laisser têter l’espace d’un jour ou deux, et qu’on les nourrit ce temps à la main, on a ensuite toutes les peines du monde à les faire têter une autre vache. L’instinct de têter disparaît donc très rapidement; et rien ne le prouve mieux que la facilité avec laquelle on sèvre les nourrissons dans toutes les espèces ; il suffit d’interrompre leur habitude et de les nourrir d’autre façon.
Certainement, avec les principes de caducité des instincts, et d’altération des instincts tardifs par les habitudes consécutives aux instincts primitifs, nous obtenons des explications autrement philosophiques qu’en faisant appel [avec Romanes et Spalding] à je ne sais quels « dérangements » ou « désengrènements » de la constitution des instincts.
J’ai pu observer personnellement un terrier écossais, né à l’écurie en décembre, et transporté six semaines plus tard dans une maison dont les parquets étaient couverts de tapis. A peine âgé de quatre mois, il manifesta une tendance étonnamment développée à enfouir les objets, gants, etc., avec lesquels il avait joué jusqu’à épuisement. Il grattait alors de ses pattes de devant un endroit du tapis, y faisait tomber l’objet de sa gueule, puis regrattait énergiquement tout autour, et finalement s’en allait. Naturellement, cette gymnastique ne servait à rien. Je l’ai vu s’y livrer cinq ou six fois à cet âge ; après quoi, il y renonça pour toute sa vie : les circonstances se prêtaient trop mal à la naissance d’une habitude qui eût continué cet instinct. Mais, supposez qu’il se fût agi de viande au lieu de gants, de terre au lieu de tapis, et qu’au lieu de trouver son écuelle remplie quelques heures plus tard, mon terrier eût souffert les