CHAPITRE XXV
tortures de la faim, et vous conviendrez qu’il eût fort bien pu alors contracter pour toute sa vie l’habitude d’enterrer le superflu de son repas. Qui oserait jurer que, toute habitude mise à part, ce qu’il y a de purement instinctif dans la tendance des Canidés sauvages à enterrer des viandes, n’est pas chez eux aussi transitoire que chez ce terrier ?
Si, maintenant, nous passons des animaux inférieurs à l’homme, les goûts et les passions qui se succèdent dans sa vie viennent élargir les applications et confirmer la vérité de notre loi de caducité. Combien différentes et « caduques » ne sont pas les conceptions successives que se font de la vie l’enfant, le jeune homme et l'homme fait ! L’enfant ne voit dans la vie que jeux, contes de fées, révélation du monde extérieur et des propriétés des choses ; le jeune homme n’y cherche que sports, romans vécus, gaies compagnies et chansons, amitié et amour, communion avec la nature, voyages et aventures, science et philosophie; l’homme fait n’y trouve qu’ambition et politique, soif des richesses, responsabilité et protection des autres, saveur égoïste du struggle for life. Si un enfant, arrivant à l’âge où des exercices physiques systématiques succèdent aux jeux fantaisistes, ne prend pas contact avec ses pairs, et n’apprend ni à lancer la balle, ni à ramer, ni à conduire une barque, ni à monter à cheval, ni à patiner, ni à pêcher, ni à chasser, il y a bîen des chances pour qu’il reste casanier jusqu à la fin de ses jours. A supposer même qu’il retrouve dans la suite les plus belles occasions d apprendre tout cela, il y a cent contre un à parier qu’il les négligera, et reculera devant l’effort des premiers commencements, dont se serait cependant enchantée son ardente Jeunesse quelques années plus tôt. L’instinct sexuel lui-même disparaît après un règne prolongé ; cependant, on ne saurait nier que