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CHAPITRE XXV

tous les sillons sont irrévocablement creusés. Si d’aventure nous réunissons alors quelques connaissances sur des sujets absolument neufs, cela ne nous délivre pas encore d’une timidité qui nous empêche d’avancer une opinion ferme, et qui nous fait sans cesse éprouver l’hésitation de gens qui ne sont pas sur leur terrain. Au contraire, nous ne cessons jamais de nous sentir chez nous dès qu’il s’agit de matières que nous avons étudiées quand notre esprit avait encore sa souplesse, sa fraîcheur et sa curiosité instinctives. Même si nous ne pouvons alors aborder les questions de front, je ne sais quel sentiment que nous sommes en pays connu et ami nous donne la conviction flatteuse que nous pourrions le faire, et nous empêche de nous sentir tout à fait dépaysés.

Soyez sûrs que toutes les exceptions que l’on pourrait alléguer ici sont de celles qui « confirment la règle ».

Ainsi donc, appliquer un esprit à une étude, c’est appliquer un instinct à son objet ; et le premier devoir de l’éducateur est de discerner quand cet instinct est prêt à fonctionner. Quant aux élèves, ils emploieraient sans doute plus sérieusement leurs années d’études s ils se fiaient moins à leurs progrès intellectuels futurs, auxquels ils ne prévoient point de bornes, et si on parvenait enfin à leur faire comprendre que tout le bagage de physique, d’économie politique et de philosophie qu’ils auront plus tard à leur disposition, sera celui, bon ou mauvais, qu’ils auront emporté du collège.

Tableau des instincts de l’homme. — Preyer, dans son petit livre si étudié sur L’âme de Venfant, dit que « 1 homme a peu d’instincts, et qu’en dehors de ceux qui ont rapport au sexe, il est bien difficile de les reconnaître une fois passée la première jeunesse ». « Gela doit nous exciter, ajoute-t-il, à prêter d’autant

l’instinct

plus d’attention aux actes instinctifs des nouveauxnés, des nourrissons et des petits enfants. » Que les actes instinctifs soient plus faciles à reconnaître dans l’enfance, c’est ce dont conviendra quiconque admet nos principes de la caducité des instincts et de leur restriction par les habitudes acquises ; mais, comment accorder que l’homme soit réellement si pauvre en instincts ? — Preyer divise les mouvements des enfants en impulsifs, réflexes et instinctifs. 11 qualifie d’impulsifs ceux qui se font à l’aventure, sans but, avant l’éveil de la perception ; tels certains mouvements des membres ou du corps, certaines émissions de voix. 11 range parmi les mouvements réflexes le cri déterminé par le contact de 1 air, 1 éternuement, le ronflement, la toux, les soupirs, les sanglots, les bâillements, les vomissements, le hoquet, les tressaillements, les mouvements des membres provoqués par un contact, et les mouvements de succion; ajoutez à cette liste le mouvement de l’enfant se suspendant par les mains au cou de sa nourrice (1). Puis viennent, un peu plus tard, les mouvements que fait l’enfant pour mordre, pour saisir les objets, pour les porter à sa bouche, pour s'asseoir, se tenir debout, ramper et marcher. (11 est bien probable que les centres qui commandent ces trois derniers mouvements s’organisent spontanément, tout comme on l’a prouvé des centres du vol chez les oiseaux, et que les enfants n’ont l’air d'apprendre à se tenir debout et à marcher, au prix d’efforts inégalement heureux, que parce qu’on les force généralement à s’y essayer avant le complet développement des centres correspondants. Ils sont d’ailleurs très loin d’apprendre aussi vite les uns que les autres à marcher, et d’employer pour cela une méthode uniforme.) Avec la tendance à imiter appa-

(1) Cf. Nineîeenîh Cenîury, nov. 1891.

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