CHAPITRE XXV
raît la tendance à articuler des sons qui aient un sens ; puis c’est bientôt le tour de V émulation et de la combativité qui lui fait suite. La crainte d’objets déterminés précède d’assez loin la sympathie^ encore que l’instinct (ne faut-il pas dire l’émotion ? — cf. page 521) de sympathie tienne une telle place dans la vie humaine. La timidité et la sociabilité, le goût du jeu, la curiosité, l’instinct de propriété font leur apparition d’assez bonne heure ; le goût de la chasse^ la modestie, V amour, V instinct paternel et maternel, etc., ne viennent que plus tard.
A l’âge de quinze ou seize ans, un homme a parcouru toute la série de ses instincts, qui sont autrement nombreux, on voudra bien le remarquer, que ceux de tous les autres mammifères, y compris le singe. S’il atteignait la plénitude de son développement, chacun de ces instincts, se réalisant dans certains objets, nous en donnerait 1 habitude, et, partant, rendrait impossible le goût et l’habitude de certains autres. Et, de fait, il en est bien ainsi d’ordinaire. Seulement, la vie civilisée nous imposant souvent un développement unilatéral et trop spécialisé, il arrive que certains instincts meurent d’inanition, faute de rencontrer leur objet au moment opportun, et que des lacunes apparaissent au cours du développement de la conscience, lacunes que ne combleront jamais des expériences ultérieures. Comparez à ce point de vue un homme du monde accompli et un pauvre ouvrier ou un modeste employé de nos cités modernes. A mesure qu’il grandissait, et que naissaient ses besoins phpiques et moraux, le premier a trouvé de quoi les satisfaire, si bien qu’il se trouve parfaitement armé pour la vie. Les sports lui ont donné l’éducation que confèrent les métiers, dont les dures réalités lui sont épargnées. A la fois matelot, chasseur, athlète, étudiant, escrimeur, dandy, homme de salon.
l’instinct
homme d’affaires, etc., il a goûté à la vie sous tontes ses formes. Au contraire, l’enfance du pauvre ouvrier n’a été dorée d’aucune de ces faveurs ; et sa virilité en ignore la plupart du temps jusqu’au désir : heureux encore quand il n’a que des lacunes, et qu’une éducation contre-nature n’a pas perverti ses instincts, comme il n’arrive que trop souvent !
Analyse de l’instinct de la peur. — Il faudrait maintenant passer de ces généralités à des monographies des différents instincts. A titre d'exemple je vais esquisser celle de la peur dans ces quelques notes.
Les objets qui provoquent la peur sont les mêmes qui provoquent la férocité, et rien n’^est plus intéressant ni plus instructif, pour qui veut pénétrer la dynamique des instincts, que l’étude de l’antagonisme de ces deux instincts-là. Nous craignons, et en même temps nous désirons tuer, tout être capable de nous tuer. De ces deux impulsions, l’une ou l’autre prévaut selon les cas, c’est-à-dire généralement selon quelque circonstance accessoire ; et de se montrer sensible à cette circonstance caractérise un degré supérieur de conscience chez les animaux. Naturellement, cette indécision introduit quelque incertitude dans la réaction, incertitude qu’on retrouve aussi bien chez les animaux supérieurs que chez l’homme, et où il ne faudrait pas voir une preuve que nous agissons moins instinctivement qu’eux. La peur a des manifestations corporelles extrêmement énergiques ; elle est l’une des trois émotions les plus vives que nous puissions ressentir, les deux autres étant le désir et la colère. A mesure que l’on monte dans la série animale, les occasions de craindre diminuent , et c est la peut-être le meilleur- critérium du progrès accompli par l’évolution. La civilisation, en particuHer, a fini par produire ce résultat que nombre d’hommes passent du berceau à la tombe sans avoir une seule fois éprouvé