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CHAPITRE XXV

ses efforts pour s’échapper, et finit par lui serrer la tête dans sa propre bouche ; puis il la fit croasser sur sa poitrine, et se l’appliqua sur le visage, le tout sans manifester le moindre effroi. Quand il eut atteint un an et demi, je lui présentai une autre grenouille également vivante (notez que dans l’intervalle il n en avait vu aucune, et qu’il n’avait même pas entendu parler de grenouilles) ; mais il me fut à peu près impossible de l’amener à la toucher. Je connais un autre enfant qui aimait à saisir de grosses araignées quand il n’ avait qu’un an, et qui les craint beaucoup maintenant ; il est vrai qu’il a pu en entendre parler à la nursery. Ün autre de mes enfants, une petite fille, put voir tous les jours à la maison, dans les huit premiers mois de son existence, un délicieux bichon, sans s’en effrayer le moins du monde. Soudain, vers les huit mois, si j’ai bonne mémoire, l’instinct de la peur se développa tout d’un coup en elle avec une force incroyable ; elle eut la terreur de cette petite bête qu’elle n’avait cependant jamais cessé de voir, et qui n’avait jamais cessé de lui donner les plus grandes preuves d’amitié. Enfin nombre d’enfants craignent les fourrures .-j’ai pu l’observer sur deux des miens, et Richet a noté des cas semblables.

Preyer parle d’un enfant qui poussait des cris de terreur chaque fois qu’on le promenait sur les bords de la mer. La solitude est ce qui effraye le plus les enfants ; aussi ne manquent-ils jamais de pleurer quand ils se croient « perdus », ou quand ils s’éveillent et ne voient personne autour d’eux. Rien de plus simple évidemment que de découvrir la finalité de ces phénomènes.

Les objets noirs, surtout les lieux sombres, trous, cavernes, etc., excitent une terreur particulièrement affreuse, que l’on a cru pouvoir expliquer, de pair avec la crainte de la solitude, en y voyant un legs de

l’instinct

nos ancêtres. Voici ce que dit là-dessus Schneider.

« C’est un fait bien connu que l’homme, et surtout l’enfant, craint de pénétrer dans une caverne sombre ou dans une forêt obscure. Cette crainte peut évidemment s’expliquer, pour une bonne part, par l’appréhension de rencontrer quelque bête dangereuse cachée en ces lieux, appréhension que fortifient toutes sortes d’histoires lues et entendues. Mais il est non moins certain que l’hérédité de la peur joue également ici son rôle. Des enfants, qu’on a soigneusement préservés de toute histoire de fantômes, poussent néanmoins des cris de terreur dès qu’ils se trouvent dans quelque lieu

obscur, surtout s’ils y entendent des bruits étranges. Il

n’est guère d’adulte même qui ne se sente pénétré de quelque crainte vague et peu réconfortante, quand il traverse à minuit quelque bois isolé, fût-il pleinement convaincu de n’y pas rencontrer le moindre danger. Bien des gens éprouvent des impressions analogues dans leur propre maison, une fois la nuit venue ; mais il est incontestable que nulle part on ne craint autant que dans les cavernes et les forêts. Tous ces cas de peur instinctive s’expliquent fort bien par l’hérédité. Songez, en effet, que durant des générations et des générations nos ancêtres vécurent à l’état sauvage, et contractèrent l’habitude de rencontrer dans leurs cavernes des ours et d’autres bêtes léroces, et de s’en voir attaquer, surtout la nuit et dans les bois : il n’en fallait pas tant pour établir dans l’espèce humaine une association indissoluble et transmissible entre les perceptions d’obscurité, de cavernes et de bois, et l’émotion de la peur (1). «

Autre variété originale de la peur ; le vertige des hauteurs, qui est loin de se présenter chez tous avec le même degré. Il détermine les impulsions motrices

(1) Schneider, Der menschliche Wille, p. 224.

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