CHAPITRE XXV
rio comme des reviviscences en nous de la conscience de l’homme des cavernes, conscience mal ensevelie sous les expériences plus récentes dont nous la recouvrons tous les jours.
Cet appel aux conditions d’existence où se sont trouvés nos ancêtres, tant hommes qu animaux, peut jeter quelque lumière sur divers autres cas pathologiques de terreur, et même sur certaines expressions de la peur noririale. Celle-ci, en effet, peut non seulement nous « donner des jamhes », mais encore nous paralyser à demi ; et ce dernier effet n’est pas sans quelque analogie avec l’instinct de « faire le mort », si fréquent dans la série animale. Pour « faire le mort », si l’on en croit le docteur Lindsay (1), il faudrait une singulière domination et possession de. soimême. Il n’en est rien ; oiseau, insecte ou crustacé, l’animal immobile n’est qu’un animal paralysé par la peur ; il ne feint pas la mort le moins du monde ; il prend instinctivement une attitude qui a sauvé tant de ses ancêtres qu’elle est devenue héréditaire dans son espèce. Et son ennemi, bien loin de mépriser en lui une proie morte, ne fait que ne pas l’apercevoir, ayant des sens qui, comme les nôtres, sont moins sensibles à l’excitation d’un objet immobile qu’à celle d’un objet en mouvement. Cet instinct original se retrouve chez les enfants qui, jouant à cache-cache, retiennent leur respiration à l’approche du chercheur, et chez les bêtes féroces elles-mêmes, qui attendent sans bouger qu’une proie apparaisse, ou qui tiennent silencieusement l’affût, tour à tour avançant à pas dissimulés et s’arrêtant dans une complète immobilité. Et c’est un instinct contraire qui nous fait sauter deci delà et agiter les bras pour attirer l’attention d’une personne passant au loin, ou
(1) Lixdsay, Mind in Animais.
l’instinct
qui excite le naufragé sur son radeau à agiter follement quelque pièce d’étoffe à l’apparition d’un navire. Ne retrouve-t-on pas quelque chose de l’attitude et de la mentalité de l’animal qui « fait le mort » dans certains cas de lypémanie et de folie, où le malade plein de terreur et d’angoisse se tapit et garde l’immobilité d’une statue, sans qu’il puisse donner de raisons d’une attitude qui, cependant, lui procure on ne sait quel sentiment de sécurité et de bien-être ?
Considérez enfin les étranges symptômes qu’on a décrits en ces dernières années sous la rubrique, plutôt ridicule, à' agoraphobie. La vue d’une rue large ou d’une place vide, qu’il lui faut traverser seul, cause au malade une impression de terreur accompagnée de palpitations. Il tremble ; ses genoux plient ; la seule idée du trajet peut le faire s’évanouir. Cependant, s’il arrive à se ressaisir, il pourra parfois accomplir ce trajet sain et sauf, en se mettant à la remorque d’une voiture qui passe, ou en se perdant dans un groupe de promeneurs. Mais le plus souvent il fait le tour de la place, serrant les maisons du plus près qu’il peut. De telles émotions sont évidemment plus qu’inutiles dans notre vie civilisée. Mais songez à l’agoraphobie chronique des chats de nos maisons, et à ce fait encore que de nombreuses bêtes sauvages, surtout parmi les rongeurs, s’entêtent à ne pas sortir d’un abri, et ne risquent qu’en désespoir de cause une course précipitée en plein champ, où chaque pierre, chaque touffe d’herbe leur procure encore un asile momentané : songez à tout cpla, et vous serez peutêtre tentés d’attribuer la reproduction de semblables symptômes de terreur dans l’homme moderne, à la résurrection accidentelle et maladive d’un instinct, qui pourrait bien avoir joué chez nos ancêtres un rôle normal et, à tout prendre, salutaire.