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CHAPITRE XXVI

à examiner maintenant le mécanisme de la production de ces mouvements volontaires.

Ce sont des actes secondaires. — Les mouvements que nous avons étudiés jusqu’ici étaient réflexes et automatiques, et, lors de leur première exécution du moins, imprévus de leur auteur. Les mouvements dont nous entreprenons maintenant 1 examen sont désirés et voulus d’avance ; ils s’accomplissent donc naturellement avec la pleine prévision de ce qu’ils devront être. De là cette conclusion, la première dont il faille se pénétrer quand on fait la. psychologie de la volonté : les mouvements volontaires sont nécessairement des fonctions secondaires de l’organisme. Les mouvements réflexes, instinctifs et émotionnels sont tous, au contraire, des fonctions primaires. En effet, l’organisation des centres nerveux comporte comme des mécanismes à explosion, qui se détendent sous la pression d’excitants déterminés ; et leur première explosion constitue toujours pour l’animal une expérience tout à fait neuve. J’étais l’autre jour à attendre dans une station de chemin de fer avec un enfant, quand un express passa devant nous avec un hruit de tonnerre. L’enfant, qui se tenait sur le hord du quai, tressaillit, ferma les yeux, respira convulsivement, pâlit, éclata en sanglots, et courut comme un fou cacher contre moi son visage. Je suis persuadé que le bonhomme était presque aussi étonné de ce qu’il faisait que de la vue du train ; très certainement il l’était plus que moi, qui me tenais près de lui. Naturellement, si semblable réaction s’est déjà produite plusieurs fois, nous savons à quoi nous attendre, et nous pouvons prévoir notre conduite, tout involontaire, mécanique et fatale qu’elle reste après comme avant. Cependant, de ce qu’une action véritablement volontaire comporte la prévision de son résultat, il s’ensuit qu’aucun être, à moins d’être prophète, ne

LA VOLONTÉ

saurait accomplir volontairement un acte qu il accomplit pour la première fois. Mais nous sommes de bien mauvais prophètes ; nous ne saurions pas mieux prévoir les mouvements que nous pouvons faire, que les sensations que nous pouvons éprouver. Il nous faut attendre que les sensations nous soient données, et que les mouvements involontaires soient exécutés, pour nous faire une idée quelconque de ces deux sortes de phénomènes. C’est l’expérience qui nous donne la mesure de toutes nos virtualités. Quand un mouvement, s’étant réalisé fortuitement par voie réflexe, nous a laissé sa représentation dans la mémoire, nous pouvons alors, mais alors seulement, désirer ou vouloir qu’il se réalise à nouveau. On ne voit pas comment on pourrait le vouloir auparavant.

La première condition de la vie volontaire est donc que Von ail une provision de représentations des divers mouvements possibles, représentations que leur production involontaire a laissées dans la mémoire.

Deux espèces de représentations des mouvements. -- Ces représentations peuvent être ou locales ou éloignées. Par représentation locale, j’entends la repré- Lntation du mouvement tel qu’il est immédiatement senti dans les membres qui l’accomplissent, c’est-àdire là où il g a lieu. Par représentations éloignées, j’entends les représentations du mouvement tel qu’il est senti là où il na pas lieu ; appartiennent à cette catégorie les sensations visuelles et auditives qu’il détermine dans l’œil et l’oreille, et de même les sensations tactiles et musculaires qu’il détermine dans les membres qu’il se trouve heurter, froisser, presser, égratigner, etc. On a donné aux sensations locales des mouvements le nom de sensations kinesthésiques, et à leurs souvenirs le nom d’images kinesthésiques.

Ce sont les sensations kinesthésiques qui nous font prendre conscience de nos mouvements passifs, autre-

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