‹ Précis de psychologieChapitre 299 sur 348 · CHAPITRE XX\T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX\T

ment dit, des mouvements que l’on communique du dehors à notre corps. Si, tandis que vous êtes étendu les yeux fermés, quelqu’un vient placer sans bruit votre bras ou votre jambe dans telle attitude arbitraire qu’il lui plaira, vous percevrez cette attitude, que vous pourrez reproduire dans le bras ou la jambe opposés. De même un homme, s’éveillant tout à coup dans l’obscurité, sait dans quelle attitude il est couché. Du moins c’est là ce qui se passe dans les cas normaux. Mais lorsqu’un membre vient à perdre les sensations de mouvement passif, en même temps que les autres sensations, on peut observer des conséquences analogues à celles qu’a consignées le professeur A. Strümpell dans sa curieuse monographie d'un enfant chez lequel toute sensation, sauf celles de l’œil droit et de l’oreille gauche, avait disparu.

« On pouvait imprimer à ses extrémités les mouvements les plus étendus sans éveiller son attention. Ce n’est que lorsqu’on tirait violemment sur ses articulations, surtout sur celles des genoux, qu’il ressentait un vague et faible sentiment de tension ; encore ne pouvait-il que rarement le localiser avec précision. Souvent, après lui avoir bandé les yeux, nous avons pu le promener autour de la chambre, le placer sur une table, les bras et les jambes dans les positions les plus fantastiques, et apparemment les plus incommodes, sans qu’il se soit douté de rien; Il n’est pas de mots pour rendre la stupéfaction qui se marquait sur son visage quand, le bandeau enlevé, il se rendait compte tout à coup de son attitude. Ce n’est que placé la tête en bas qu’il se plaignait immédiatement de vertige, sans toutefois pouvoir en dire la cause. Plus tard, il en vint à conclure des bruits occasionnés par nos manipulations qu’on le soumettait à quelque expérience... La sensation de fatigue musculaire lui était inconnue. Si, tandis qu’il avait

LA VOLONTÉ

les yeux fermés, nous lui disions de lever le bras et de le tenir en l’air, il le faisait sans difficulté. Mais au bout d’une ou de deux minutes le bras se mettait à trembler, puis tombait sans qu il en ressentît la moindre impression. Il affirmait toujours pouvoir le tenir levé sans fatigue... On pouvait serrer et immobiliser ses doigts sans le gêner ; il n’en continuait pas moins à croire qu’il ouvrait et fermait sa main,

qui, en fait, était emprisonnée (1). »

Inutilité d’une troisième espèce de représentation du mouvement. — Pour accomplir un mouvement, nous avons donc besoin d’en posséder préalablement une représentation, soit « locale » et kinesthésique, soit « éloignée ». On a souvent prétendu qu’il nous faudrait en plus une idée de la dose d’innervation nécessaire à la contraction musculaire. La déchargé des centres moteurs dans les nerfs moteurs s’accompagnerait d’une sensation sui generis, et contraire a toutes les autres, qui sont conditionnées par des courants centripètes, tandis qu’elle aurait pour condition un courant centrifuge. Nulle représentation de mouvement ne serait complète en notre esprit sans une anticipation de cette sensation-là, qui nous révélerai en particulier l’intensité du mouvement etl effort qu il réclame de nous. Néanmoins, beaucoup d auteurs nient l’existence de ce sentiment d’innervation; et i faut convenir que les preuves qu on en donne sont

bien insuffisantes.

En effet, pour rendre compte de toutes les variations du sentiment d’effort, celles par exemple qu’il présente quand on fait un même mouvemen kns des circonstances de résistance variables, il suffit d’invoquer les sensations centripètes venues de la poitrine, des mâchoires, de l’abdomen, et de tous

1) Deutsches Archiv fürklinische Medizin, XXII, pp. 32/-328.

Page 1