CHAPITRE III
place ; nul moyen de les amener à se juxtaposer l’une à l’autre. D’où cette conséquence ; un objet impressionnant les deux taches jaunes des deux yeux convergents apparaîtra toujours dans la perception ce qu’il est dans la réalité, un seul objet. Bien plus, si les deux yeux, au lieu de converger, restent parallèles, et si deux objets semblables projettent leurs images respectives sur les deux taches jaunes, chacun sur celle qui lui fait face, les deux objets seront extériorisés en un seul : leurs images « fusionneront », comme l’on dit. Vous pouvez immédiatement vérifier ce point.
Fig. 8.
Placez devant vos yeux les deux petits disques noirs de la figure 8, bien en face, et regardez fixement, comme si vous vouliez atteindre, par delà le livre, des objets situés à une distance infinie. Vous aMez voir les deux disques se déplacer l’un vers l’autre, — c’est à croire qu’ils le font en effet, — puis se fondre dans un troisième situé entre les deux positions premières, et perpendiculaire à la racine du nez. Bien plus, outre ce disque obtenu par fusion, chaque œil verra le disque primitif de Vautre œil, disque additionnel que l’œil droit voit à gauche et l’œil gauche à droite du disque combiné. Ce qui donne maintenant trois disques : celui du milieu, vu par les deux yeux, est flanqué de deux autres, vus chacun par un seul œil. Une contre-épreuve est facile : il suffit
LA VUE
d’interdire à chaque œil, par une cloison mince et opaque, toute incursion dans le champ du voisin. Placez cette cloison dans le plan vertical qui va du nez au papier : chaque œil étant limité au disque qui lui fait face, vous ne verrez plus que le disque com- }3iné. — La cloison médiane des stéréoscopes n’a pas d’autre raison ; sans elle, on verrait trois images au lieu d’une.
Si, au lieu de deux disques semblables, nous mettons en face des deux taches jaunes deux figures différentes ou deux disques différemment colorés, ces objets nous apparaîtront toujours en une même place, mais, ne pouvant se combiner en un seul, on les verra se chasser alternativement l’un l’autre. C’est là le phénomène bien connu sous le nom de rivalité rétinienne.
De même qu’il y a « correspondance « des taches
i aunes il y a encore correspondance des parties rétiniennes qui entourent ces taches. Si un objet impressionne à la fois les moitiés supérieures des deux rétines, on le voit au-dessous de l’horizon, si es moitiés inférieures, on le voit au-dessus ; si les moitiés droites, on le voit à gauche, et si les moitiés gauches, on le voit à droite. Ainsi donc, dans les deux rétines, les quarts de cercle qui sont géométriquement semblables se correspondent intégralement ; et dans deux quarts de cercle géométriquement semblables, comme al et ar (fig. 9) par