‹ Précis de psychologieChapitre 301 sur 348 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

qui joue ici le rôle à.' ullimum movens en déclanchant Faction]. Ce rôle est-il réservé aux seules images kinesthésiques et « locales », ou peut-il être rempli par une image « éloignée » du mouvement ? C’est ce qu’il nous faut maintenant examiner.

Je dis de suite qu’il ne saurait exister aucun doute sur ce point ; V image-déclic peut être indifféremment une image locale ou une image éloignée. Sans doute, quand nous commençons à apprendre un mouvement, les sensations locales doivent être les plus absorbantes ; mais on ne voit aucune nécessité à ce qu’il en soit toujours ainsi. Et, en fait, il paraît bien qu’elles tendent à s’évanouir peu à peu dans la conscience, et qu à mesure que nous prenons l’habitude d’un mouvement, ses représentations les plus éloignées suffisent à le déclancher. La conscience, en effet, ne garde que les représentations qui l’intéressent, et se débarrasse des autres le plus vite qu’elle peut. Or ce qui nous intéresse d’ordinaire dans un mouvement, ce n est pas son mécanisme, ni les sensations kinesthésiques, si passagères, qui l’accompagnent, c’est sa fin, son résultat, c est-à-dire généralement quelque sensation « éloignée », v. g. l’impression que le mouvement produira sur l’œil, l’oreille, ou parfois sur la peau, le nez ou le palais. Supposez maintenant que la représentation de ce résultat s’associe définitivement à la décharge appropriée ; les images des sensations locales consécutives à l’innervation ne tarderont pas à présenter l’inutilité encombrante que nous avons dû reconnaître au sentiment d’innervation lui-même La conscience n’a plus que faire d’elles : le résultat du mouvement lui suffit.

La représentation de ce résultat tend donc de plus en plus à se rendre toute suffisante. En tout cas, si les iniages kinesthésiques continuent à intervenir dans 1 action, elles sont si bien submergées sous le

LA VOLONTÉ

flot immédiat des sensations kinesthésiques, autrement vives qu’elles, que nous n’avons pas le temps de les percevoir pour elles-mêmes. Quand j’écris, je n’ai conscience d’aucune image anticipatrice (entendez par là d’aucune image distincte des sensations similaires que j’éprouve au même instant) soit de l’aspect des lettres qui vont tomber de ma plume, soit des impressions musculaires que les mouvements de l’écriture vont déterminer dans mes doigts. J’entends bien intérieurement les mots résonner en mon imagination auditive : mais ni je ne les vois, ni je ne les sens intérieurement ; mon imagination visuelle et mon imagination tactile n’ont pas le temps de devancer les sensations de mon œil et de ma main, tant les mouvements de l’écriture se précipitent rapidement à l’appel de leur image-déclic. Toute fin, sitôt représentée et voulue, innerve directement les centres ; aussitôt part le premier mouvement de la chaîne de mouvements qui doit la réaliser ; et ce premier mouvement déclanché déclanche les autres, qui filent tous jusqu’au dernier, comme happés dans un engrenage. Nous avons déjà signalé ce mécanisme quasiréflexe à propos de l’habitude, pp. 181-182.

Le lecteur ne saurait manquer d’accorder que cette analyse s’applique au moins aux actes volontaires qni « partent d’eux-mêmes » et sans l’ombre d’hésitation. Le seul fiai qu’on y remarque se trouve à leur début. A peine s’est-on dit, « il faut que je change de vêtements », que l'on a involontairement enlevé son veston, et que déjà les mains s’attaqnent comme d’ordinaire aux boutons du gilet, etc. Nous n’avons pas plutôt cette pensée, « il me faut descendre », qu’avant de nous en apercevoir nous avons quitté notre chaise et nous trouvons la main sur la poignée de la porte : tout cela parce que l’idée du résultat à obtenir est associée à une série de sensations qui se succèdent

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