CHAPITRE XXVI
instantanément et dirigent Faction. On dirait vraiment que nous manquons d’adresse et de précision en exécutant un mouvement dans la mesure où nous nous préoccupons des sensations qu’il va nous donner. Nous marchons d’autant mieux sur une poutre que nous songeons moins à la position de nos pieds. Nous sommes d’autant plus habiles à lancer la balle et à l’attraper, à tirer au fusil et à user du marteau ou de la hache, que nous ne dirigeons tous ces mouvements qu’avec nos yeux, et que nous nous désintéressons des sensations tactiles et musculaires dont ils s’accompagnent : autrement dit, que nous usons plus des images les plus « éloignées » et moins des images les plus « locales ». Tenez votre œil fixé sur le point à atteindre, et votre main l’atteindra ; vous le manquerez, au contraire, si vous pensez à votre main. Cette constatation a fourni au docteur Southard l’occasion de faire des expériences et des mesures précises. Il observa d’abord qu’il réussissait mieux à toucher un point donné, avec la pointe d’un crayon, en s’aidant d’une image visuelle qu’en s’aidant d’une image tactile. Dans le premier cas, il regardait d’abord un petit objet, puis, fermant les yeux, essayait de le toucher ; dans le second cas, il commençait par fermer les yeux, plaçait l’objet, ramenait la main, et cherchait seulement alors à toucher. Il put ainsi relever deux séries d’expériences à images-déclic différentes, et déterminer pour chacune de ces séries une moyenne des erreurs qu’elle présentait. Ces moyennes, établies uniquement d’après les résultats les plus favorables, furent respectivement de 17,13 mm pour la série des expériences faites avec une image tactile, et seulement de 12,37 mm pour la série des expériences faites avec une image visuelle. — Tels sont les faits certains que nous révèlent à la fois l’introspection et l’expérimentation ; quant au mécanisme
IA VOLONTÉ
nerveux qui les rend possibles, nous l’ignorons tout simplement.
Nous avons vu, au chapitre xix, jusqu’à quel point les images mentales diffèrent d’un individu à 1 autre. Aussi y a-t-il bien des chances que chez le type « moteur » dont parlent les psychologues français, les images kinesthésiques aient une autre importance que celles que je viens de leur assigner ici. On ne saurait s’attendre à trouver des résultats uniformes dans des nàonographies d’individus différents ; et il serait bien enfantin de se quereller sur la quesfion de savoir laquelle de ces monographies représente le mieux le « vrai » mécanisme mental de l’action.
J’espère m’être fait bien comprendre : pour qu-’un mouvement soit volontaire, il faut que sa représentation précède son exécution ; cette représentation n’est pas celle de l’innervation qu’il requiert ; c’est la représentation anticipée de ses propres effets sensibles, tant locaux qu’éloignés, et souvent bien éloignés en effet. De telles représentations déterminent au moins la nature de nos mouvements. Cependant, dans les pages qui précèdent, j’ai laissé entendre qu’elles ne laissent pas de décider également de leur existence même ; et ceci a dû déconcerter beaucoup de mes lecteurs. Car bon nombre de cas de volition exigent, semble-t-il, en plus de la représentation du mouvement à faire, un fiat exprès de la volonté, qui est bien précisément ce qui décide l’existence du mouvement. Or je n’ai fait aucune place à ce fiat dans mon analyse. — Cette objection nous servira de transition pour aborder le point suivant de notre discussion.
L’action idêo-motrice. — Voici donc la question : la simple représentation des effets sensibles d'un mouvement suffit-elle à le déclancher ? Ne faut-il pas ajouter à cette représentation, pour la rendre effective, un anté-