‹ Précis de psychologieChapitre 303 sur 348 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

cèdent mental additionnel, fiat, décision, consentement ou commandement de la volonté, etc., selon le nom quil plaira de lui donner ?

Voici ma réponse : il est des cas où la représentation suffit à déterminer seule le mouvement, et il est d’autres

casoùellenesuffit pas, mais abesoin de la collaboration

d’un antécédent mental additionnel, fiat, consentement ou commandement exprès de la volonté. Les premiers cas sont évidemment les plus simples, et partant les plus fondamentaux. Les autres, qui représentent ici une complication du mécanisme ordinaire de l’action, seront examinés en temps opportun. Tenons-nous en, pour l’instant, aux premiers, à l’aclioh idéo-molrice, comme on l’a appelée, et dans laquelle il convient de voir le type du processus volontaire.

Il y a action idéo-motrice chaque fois que la représentation d’un mouvement est immédiatement suivie de ce mouvement, sans qu’on aperçoive la trace d’une hésitation. Alors, la conscience ne révèle rien entre la conception et l’exécution. Sans doute il y a entre les deux toutes sortes de processus neuro-musculaires, mais nous les ignorons tout à fait. Nous pensons l’acte, et il s’accomplit instantanément ; c’est tout ce que nous révèle l’introspection. Le docteur Carpenter, qui a le premier, je crois, parlé d’action idéo-motrice, a rangé ce phénomène, si je ne me trompe, parmi les curiosités de notre vie mentale. La vérité est que ce n’est nullement une curiosité, mais simplement le type de la volition normale désencombrée de toute complication et de tont déguisement. Tout en causant, j’aperçois une épingle à terre, ou un peu de poussière sur ma manche : sans interrompre la conversation, je secoue de la main cette poussière, ou je ramasse cette épingle. Je ne prends pour cela aucune résolution ; mais la simple perception de

LA VOLONTÉ

l’objet, et l’idée fugitive de l’acte à faire, paraissent entraîner d’elles-mêmes l’exécution du mouvement. Pareillement, je reste à table après le dîner, et je me surprends à saisir de temps à autre des noix ou des raisins sur le plat, et à les manger. Cependant mon dîner est fini ; et, dans la chaleur de la conversation, j’ai à peine conscience de ce que je fais ; mais la perception des fruits, et l’idée vague que je pourrais en manger, semblent m’amener fatalement à y porter la main. Il n’y a certainement pas ici de fiai exprès ; il n’y en a pas plus que dans ces allées et venues coutumières et dans ces changements d attitudes et d occupations dont nos journées sont pleines. Tous ces actes sont immédiatement déclanchés par des sensations venues du dehors, et si vite que l’on hésite souvent à y voir des actes volontaires, et non pas de purs réflexes.

Comme le dit Lotze, « les simples faits d’écrire une page ou de jouer un morceau de piano comportent une multitude de mouvements, souvent très compliqués, qui se suivent les uns les autres à rapide allure. Cependant leurs représentations anticipatrices ne font que traverser la conscience l’espace d’un éclair, trop peu de temps, à coup sûr, pour y éveiller autre chose qu’un consentement de principe à ce que le sdites représentations aient toute liberté de se réaliser. C’est là tout le mécanisme psychologique des actes habituels de la vie journalière. Il n’y a jamais place pour une intervention expresse de la volonté dans les faits de se lever, d’aller et de parler : tous ces actes sont déclanchés au fur et à mesure par le cours actuel des représentations (1). »

Le mouvement suit immédiatement sa représentation, sans qu’il y ait l’ombre de résistance ou d’hési-

(1) Lotze, Medizinische Psychologie, 1852, p. 293.

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