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CHAPITRE XXVI

talion, parce que celle représenlaiion n esl conlredile par aucune autre dans l’esprit, soit qu elle 1 occupe seule, soit que les représentations qui s y trouvent n’entrent pas en conflit avec elle. Nous savons tous ce que c’est que de sortir du lit par une froide matinée dans une chambre sans feu, et comment le principe vital lui-même proteste au dedans de nous contre une si cruelle épreuve. Il y a bien des chances qu un jour ou l’autre nous soyons, pour la plupart, restés une heure entière au lit, sans pouvoir nous forcer à une résolution. En vain pensons-nous que nous serons en retard, et que nos devoirs du jour vont en soùffrir ; en vain nous disons-nous : « il faut pourtant que je me lève ! c’est une ignominie! », que sais-je encore? La chaleur du lit est si délicieuse, et le froid si dur au dehors ! Et cela suffit à faire évanouir toutes nos belles résolutions ; nous remettons d’instant en instant notre décision, précisément quand elle paraît sur le point de vaincre toute résistance et de nous jeter dans le vif de Faction. Il n’y a pas de raison pour que ces temporisations prennent fin. Comment se fait-il alors qu’on se lève enfin? Si j’en crois mon expérience, que je généralise, le plus souvent on se lève sans l’ombre d’une lutte intérieure ou d’une décision expresse ; on s’aper-çoit tout soudain qu’on s’est levé. Il survient, par bonheur, une sorte de relâchement de la conscience ; on oublie et la chaleur du lit et le froid de la chambre ; on tombe en quelque rêverie dont les occupations du jour font tout l’objet ; au cours de cette rêverie, une idée vous traverse comme un éclair; « allons! il ne faut pas rester plus longtemps couché! », idée qui dans cet instant propice n’éveille pas de suggestions contradictoires ou paralysantes, et qui peut ainsi produire les effets moteurs qui lui sont propres. C’était la lutte d’une vive conscience de froid et d’une vive conscience de chaleur qui tout

LA VOLONTÉ

à l’heure paralysait notre activité, et réduisait l’idée de se lever à la simple condition d’un désir, au lieu de la laisser s’actualiser en une volition efficace. Dès l’instant que disparurent les idées inhibitrices, l’idée originelle a réalisé tout son automatisme.

Ce cas me paraît renfermer en miniature les données de toute une psychologie de la volition. C’est du reste en l’analysant chez moi que je me suis convaincu de la vérité de la doctrine que j’expose en ces pages, et qu’il me semble inutile de confirmer par d’autres exemples. Mais pourquoi cette vérité n’est-elle pas de celles qui crèvent les yeux? Sans doute parce que nous avons une multitude d’idées qui ne passent pas à l’action ; mais alors il y a toujours quelque autre idée qui leur enlève leur énergie impulsive. Cependant, même dans ces cas défavorables, l’inhibition n’est jamais absolue, et le mouvement qui ne se réalise pas complètement ne laisse pas de commencer à se réaliser. Citons encore Lotze. « A regarder lancer la boule ou croiser l’épée, on sent dans son bras s’esquisser des mouvements sympathiques aux mouvements des joueurs ou des escrimeurs. Un conteur naïf mime à plein cœur tout ce qu’il raconte. Quand on est bien « pris » par la lecture d’une bataille, on éprouve dans tout le système musculaire de légères tensions, à mesure que se déroulent les péripéties du combat. Tous ces phénomènes se produisent avec d’autant plus d’intensité que l’on s’absorbe plus ingénument dans les représentations des mouvements ; et ils s’atténuent exactement dans la mesure où la conscience, se possédant mieux, tempère ces représentations par d’autres plus puissantes, qui inhibent leur automatisme spontané (1). »

Les « transmissions de volonté » et les « lectures

(1) Ibid, p. 293.

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