‹ Précis de psychologieChapitre 305 sur 348 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

de pensées » (qu’on ferait mieux d’appeler des « lectures de mouvements »), auxquelles la mode a donné tant de vogue en ces derniers temps, ont pour principe cette obéissance naissante de la contraction musculaire à la représentation du mouvement, alors même que la volonté s’y opposerait expressément.

Posons donc comme certain que toute représentation d'un mouvement provoque à quelque degré ce mouvement, et le provoque à son degré maximum toutes les fois qu'elle n'en est pas empêchée par quelque idée antagoniste simultanément présente dans la conscience. Le fiat exprès, ou l’acte de consentement au mouvement, ne se produit que quand il en est besoin pour neutraliser l’inhibition d’une représentation antagoniste ; il n’a pas à intervenir en l’absence de cette inhibition, c’est-à-dire dans les cas simples. J’espère que le lecteur est maintenant convaincu de ce point. Toutefois, dans la crainte qu’il ne partage encore le préjugé commun qu’une action volontaire sans « effort de volonté » ne serait que « le drame de Hamlet sans Hamlet », je vais ajouter encore quelques remarques.

Pour Se rendre compte de l’acte volontaire, et comprendre qu’il peut exister sans fiat ni décision expresse, il faut commencer par se bien convaincre que tout état de conscience tend de lui-même à l’action, est essentiellement impulsif par nature. Ce serait une erreur de penser que nous avons premièrement une sensation ou une pensée, à laquelle nous aurions à ajouter ensuite une force quelconque qui déterminerait l’action ; le moindre état de conscience correspond à quelque activité nerveuse déjà en train de produire un mouvement. Sensations et pensées ne sont, pour ainsi dire, que des coupes transversales de courants qui tendent à l’action comme à leur fin essentielle, et qui ne sont pas plutôt entrés par un

LA. VOLONTÉ

nerf que déjà ils sont prêts à sortir par un autre. Rien d’étonnant à ce que le sens commun ne tienne pas la conscience pour ce qu’elle est essentiellement, pour un simple avant-coureur de l’action, mais entende que celle-ci dérive dé quelque « force volontaire » surajoutée : il s’est fait son opinion en n’envisageant que les cas où l’on réfléchit et délibère indéfiniment sur un acte sans arriver à l’accomplir. Ces cas, qui favorisent si bien cette illusion, sont loin cependant d être la règle : ce ne sont que des exemples d’inhibition par conflit de représentations. Alors, quand les représentations antagonistes cessent leur obstruction, nous avons l’impression de je ne sais quel ressort intérieur qui se détend, et qui est précisément l’impulsion additionnelle, le fiat, que suit l’exécution du mouvement. Nous aurons à voir tout à l’heure comment se produit et comment cesse cette obstruction, si fréquenté dans notre vie intellectuelle supérieure. Mais, là où. elle ne se produit pas, il m’y a naturellement aucun hiatus entre la pensée et la décharge motrice. Le mouvement est l’effet naturel et immédiat de tout processus sensoriel, quelle que soit la qualité de la sensation. C’est là tout le mécanisw.e des actions réflexes, et de V expression des émotions ; et c’est encore tout le mécanisme de l'action volontaire. Loin donc de voir dans l’action idéo-motrice un fait d’exception, réclamant une explication d’exception, il faut y voir le type de l’action consciente, celui qui doit servir à expliquer l’action accompagnée d’un fiat, qui est, elle, l’exception paradoxale.

Remarquez en passant que, pas plus que 1 exécution, l’inhibition d’un mouvement ne requiert nécessairement un effort ou commandement exprès, encore que l’une et l’autre puissent l’exiger. Mais, dans tous les cas simples et ordinaires, tout de même que la pure présence d’une idée portera à un mouvement, la

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