‹ Précis de psychologieChapitre 307 sur 348 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

p. 211), qui durent aussi longtemps que l’indécision elle-même, et qui servent de freins efficaces aux impulsions impatientes d’ « exploser ». La délibération peut durer des semaines et des mois, et revenir occuper l’esprit par intervalles ; les motifs qui, hier encore, nous semblaient pleins de force, de sang et de vie, nous apparaissent aujourd’hui étrangement faibles, pâles et morts ; mais pas plus aujourd’hui qu’hier la question n’est définitivement résolue. Quelque chose nous* dit que tout cela n’est que provisoire, que les raisons faibles vont se fortifier, et les raisons fortes s’affaiblir, qu’aucune d’elles n’a atteint l’état d’équilibre, qu’il s’agit toujours de les éprouver et non de leur obéir, et qu’enfin, de gré ou de force, il faut encore attendre que la question soit plus mûre avant de nous décider « pour de bon ». Cette oscillation incessante de l’esprit, passant de l’une à l’autre alternative, et les concevant toutes deux comme également réalisables dans l’avenir, ressemble aux oscillations d’un corps élastique en équilibre instable : ici et là il y a sans cesse une tension intérieure qui n’aboutit pas à faire brèche à l’extérieur. Il est assez clair que cet état peut se prolonger indéfiniment. Cependant le moment peut venir où la tension éclate au dehors, et brise tout obstacle : alors les courants rompent leurs barrières, toute hésitation cesse, et la décision est désormais un fait irrévocablement accompli.

Cette décision peut se produire de bien des manières, dont je vais rapidement esquisser les principales. Il ne s’agit évidemment ici que d’une description introspective de symptômes et de phénomènes ; les questions des causes, tant nerveuses que psychiques, feront l’objet d’une étude ultérieure.

Cinq principaux types de décision. — Un premier est celui qu on pourrait appeler « le type de la décision raisonnable ». Les arguments pour et contre, se for-

LA VOLONTÉ

mulant peu à peu et presque insensiblement dans l’esprit, finissent par faire nettement pencher la balance en faveur d’une alternative, que nous adoptons alors sans effort ni contrainte. Tant que n’est pas réalisé cet équilibre rationnel, quelque chosemous dit, sans d’ailleurs nous troubler le moins du monde, que nous ne voyons pas encore suffisamment clair en notre livre de comptes ; et c’est assez pour que l’action reste suspendue. Mais un jour vient où nous nous éveillons avec le sentiment que tout est clair et bien pesé, qu’un plus long examen n’aurait plus rien à nous apprendre, et que le mieux est de prendre sur l’heure une résolution définitive. Il semble que nous ne soyons pour rien dans ce passage progressif de l’incertitude initiale à la certitude finale ; les raisons qui nous décident semblent dériver de la nature des choses, et ne rien devoir à notre volonté. Nous n’en ressentons pas moins un sentiment très net de liberté, qui n’est qu’un sentiment d’absence de contrainte. D’ordinaire, ce qui emporte la décision, c’est la découverte que le cas dont nous délibérons appartient à une catégorie « classée », pour laquelle nous avons une réaction habituelle toute prête et comme stéréotypée. On peut dire, en général, que délibérer revient, pour une bonne part, à passer en revue toutes les différentes façons de concevoir l’accomplissement ou le non accomplissement de l’acte projeté. Dès que nous trouvons une conception qui nous permet d’appliquer quelqu’un de ces principes ou règles d’action qui font, pour ainsi dire, partie intégrante de notre moi, c’en est fait de notre état d indécision. Tous ceux que leur situation oblige à décider d’autorité maintes questions tous les jours, ont ainsi une provision de cas-types bien étiquetés avec leur solution pratique, auxquels ils ramènent, autant que faire se peut, les cas nouveaux qui peuvent se

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