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CHAPITRE XXVI

présenter. Ce n’est que dans les cas sans précédent, pour lesquels nous n’avons pas de formule en réserve, que nous nous sentons embarrassés et que nous souffrons de ne savoir au juste que faire. Mais à peiné, avons-nous trouvé le moyen de les ramener à nos anciennes catégories, que nous retrouvons aussitôt toute notre aisance intérieure. Ainsi, l’essentiel dans V action, tout comme dans le raisonnement, est de découvrir la conception appropriée. Il s’en faut que la vie nous soumette ses dilemmes avec des étiquettes collées au dos ; nous pouvons au contraire leur donner bien des noms divers, ét le sage est celui qui leur donne le nom qui convient le mieux aux exigences de la situation (cf. p. 472). On- est raisonnable dans la mesure où l’on a une série bien arrêtée de fins vraiment estimables, et où l’on ne décide pas une action tant qu’on ne s’esf pas assuré, par une délibération calme, si cette action doit favoriser ou compromettre l’une quelconque de ces fins.

Dans les deux types de décision qui vont suivre, le fiat final se produit avant que la délibération aboutisse à une conclusion franchement évidente. Il arrive souvent, en effet, qu’aucune raison majeure et décisive ne se présente ni dans un sens ni dans l’autre ; les deux partis semblent se valoir, et il n’y a pas de critère pour décider entre eux. A force d’hésiter et de ne pas conclure, nous nous fatiguons au point de penser bientôt qu’une mauvaise décision vaudrait mieux que pas de décision du tout. Il ne faut souvent alors qu’une circonstance accidentelle pour faire pencher définitivement la balance du côté d’une alternative, dans laquelle nous nous sentons alors engagés ; mais une autre circonstance, se produisant au même moment en sens inverse, eut sans doute amené le résultat contraire.

Le second type de décision est celui où nous avons

LA VOLONTÉ

le sentiment assez prononcé d’être entraînés, par quelque circonstance extérieure, à un parti que nous acceptons sans enthousiasme ni dégoût, avec la conviction qu’il en vaut bien un autre, et qu’après tout les choses ne peuvent manquer de s’arranger assez bien.

Dans le troisième type, la décision semble tout aussi accidentelle ; mais cette fois c’est une circonstance intérieure qui la détermine. On est tout perplexe de ne voir poindre aucun principe qui commande d’agir ; on souffre de la résolution suspendue . et soudain l’on se trouve engagé dans l’action, automatiquement, semble-t-il, et comme si les nerfs se déchargeant spontanément, vous avaient pousse dans le sens d’une des deux alternatives. Mais 1 action a tant de saveur, après une insupportable immobilité, qu’on s’y précipite avec ivresse. « Et maiatenant, en avant ! dût le ciel me tomber sur la tête 1 » Ce cri d’enthousiasme éclate en nous, comme une fanfare en l’honneur des épousailles en « coup de foudre » de l’âme et de l’action. Cri si peu prémédité qu’il nous étonne, et nous fait l’effet d’applaudissements que nous donnerions à quelque prouesse extraordinaire dont nous ne serions que les spectateurs passifs.. Cri si spontané et si violent enfin, que les natures froides et endormies n’en connaissent guère la sonorité. Mais ceux-là la connaissent bien qui ont le sang chaud, la sensibilité vive et mobile, le caractère changeant. La résolution doit présenter souvent cet aspect d’élément déchaîné chez les hommes alliant à la ténacité de la passion une activité bouillante, quand leur volcan intérieur, longtemps contenu par des scrupules ou des appréhensions, renverse enfin brusquement ses digues et se précipite soudain au dehors. Tels les Luther, les Napoléon, et tous les géants qui ébranlent les mondes. Il n’en faut pas plus pour expliquer le fatalisme fréquent chez ces natures

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