CHAPITRE XXVI
volcaniques, fatalisme qui ne manque pas de renforcer encore leur énergie au moment où elle se précipite vers l’objet de leur passion.
Le quatrième type de décision présente souvent la même soudaineté de résolution. Ce qui le caractérise, c’est une sorte de conversion instantanée qui, sous la pression de quelque fait extérieur, ou d’une transformation intérieure inexplicable, nous fait passer soudain d'une humeur insouciante et légère à des pensers graves et énergiques, ou inversement. Toute l’échelle des valeurs de nos motifs et de nos impulsions se renverse alors, comme se renversent les «valeurs» d’une perspective quand on la regarde d’un nouveau point de vue. Rien ne nous dégrise autant que la douleur ou la crainte, qui volatilisent en nous l’influence des idées gaies et fantasques, et multiplient celle des idées graves. Il n’en faut pas plus pour nous faire à l’instant même abandonner les projets d’amusement et de vie folâtre, et accepter énergiquement la perspective effrayante d’une vie sérieuse à laquelle nous n’avions encore pu consentir. De là ces « transformations du cœur », ces « réveils de la conscience », etc., qui font de beaucoup d’entre nous des hommes nouveaux ; le caractère s’élève brusquement à un niveau supérieur, et la délibération prend fin immédiatement.
Dans le cinquième et dernier type, nous pouvons avoir ou ne pas avoir le sentiment que la délibération est achevée et que la balance des mobiles et motifs est définitivement établie. Mais, dans l’un et l’autre cas, nous avons conscience que la décision est l’œuvre personnelle et directe de notre volonté qui intervient pour faire pencher le fléau : soit, dans le premier cas, en ajoutant le poids de son vivant effort aux raisons logiques, impuissantes à elles seules à emporter l’action ; soit, dans le deuxième cas, en
LA VOLONTÉ
suppléant d’autorité ces raisons dont elle remplace l’efficacité absente par la sienne propre. Cette conscience d’une action lente et calme de la volonté constitue. un caractère psychologique original, totalement absent des décisions des quatre types precedents. Nous n’ avons pas à discuter ici le sens métaphysique de ce sentiment d’effort, ni à tirer de son existence des conclusions sur un pouvoir de la volonté distinct des motifs. Nous ne voulons l’envisager que comme une donnée phénoménale et subjective, que nous ne trouvons pas dans les autres décismns, mais que nous trouvons dans celles du cinquième type: Cette donnée est celle d’un sacrifice intérieur : qu il s’agisse de renoncer aux mille attraits dune vie brillante pour s’attacher au devoir austère et nu, ou qu’il s’agisse de choisir sans l’aide de principes ohjec- Ufs et nets entre deux perspectives également séduisantes et désirables, mais contradictoires à ce point que réaliser l’une sera rendre l’autre à jamais impossible toujours la volonté trouve à sa décision une saveur âcre et rebutante, et pense s’enfoncer dans on ne sait quelles régions morales sauvages etdesertes. A examiner de près le mécanisme de ces volitions originales, on découvre que, au contraire des autres où la résolution faisait en même temps triompher une alternative et disparaître tout à fait ou presque ses rivales, les deux alternatives restent ici egalement vives sous le regard de la conscience, qui se rend compte, au moment même où elle en immole une, de toute la perte qu’elle s’inflige par ce sacrifice. C est délibérément quelle s’enfonce une épine dansla chair; et le sentiment d’e/for? intérieur qui accompagne cette décision amère suffit à l’opposer à toutes celles que nous avons étudiées, et à lui assurer une originalité psychologique absolue. Dans l’immense majorité des Ls nous nous décidons sans effort d aucune sorte.