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CHAPITRE XXVI

et plus souvent encore que nous ne pensons. Car nous sommes ici exposés, je crois, à une illusion fréquente. Souvent, en effet, tandis que nous délibérons nous sentons qu’il nous faudrait faire-un grand effort pour nous décider à l’instant même ; et dans la suite, quand les obstacles se sont levés d’eux-mêmes, nous en venons à enrichir rétrospectivement la décision, prise cependant sans l’ombre de lutte, du souvenir de l’effort antérieurement imaginé.

Prise comme fait, la conscience d’effort est une donnée qu’on ne saurait évidemment nier ni mettre en doute ; mais où l’on cesse de s’entendre, c’est sur l’interprétation qu’il convient de donner à ce fait. Problème ardu, dont la solution entraîne plus ou moins celle d’autres problèmes, aussi importants que celui de l’existence de la causalité spirituelle, anssi vastes que ceux de la liberté et du déterminisme universel. Il est donc de topte nécessité que nous précisions avec soin les conditions psychologiques où se produit la cpnscience de l’effort volitionnel.

Le sentiment d’effort. — J’ai dit plus haut que de sa nature tout état de conscience (ou le processus nerveux qui le sous-tend) est impulsif ; j’aurais dû ajouter cette restriction : pourvu qu’il présente une intensité suffisante. C’est que différents états de conscience sont loin d’avoir un même coefficient d’automatisme ; les uns peuvent se trouver en dessous, les autres en dessus du point de décharge, qui sert ainsi de critérium de leur efficacité pratique. Ce point de décharge, à son tour, sera fonction des circonstances ordinaires de l’action. Il pourra dépendre des inhibitions habituelles, de celle par exemple que nous crée à tous le sentiment d’un confortable dolce far nient e : nous connaissons tous cette paresse qui résiste à l’action tant que les excitations n’ont pas atteint un certain quantum de vivacité. Il dépendra encore de

LA VOLONTÉ

l’inertie naturelle des centres eux-mêmes, inertie qui rend impossible l’explosion nerveuse, tant qu un certain deqré de tension interne n’est pas atteint et dépassé. Or ces conditions psychologiques et physiologues varient d’individu à individu, et, chez le même individu, de moment à moment : 1 inertie nerveuse peut croître et décroître, les inhibdions habituelles diminuer ou augmenter. Ajoutez a ces variations celles, tout à fait indépendantes, de 1 intensité des divers processus psychiques, celles encore de la pénétrabilité des diverses voies nerveuses d association. De toutes ces variations réunies résultent enhn toutes sortes de variations possibles dans les valeurs relatives d’efficacité pratique des divers motifs. Ces valeurs peuvent se renverser, tel motif normalement efficace devenant inefficace, el vice versa : c est alors qu’une action ou une abstention, qui normalement ne nous coûtent rien, deviennent impossibles, ou ne sont plus possibles qu'au prix d’un effort. Insistons sur ce point, qui a besoin de quelques éclaircissements.

La santé de la volonté. - Nos divers Mats de conscience ont tous un coefficient normal d efficacité impulsive, qui ne s^ altère qu’à des heures exceptionnelles, ou chez des individus exceptionnels ; la persistance de ces coefficients normaux caractérise ce que i on pourrait appeler la santé d’une volonté normale^ Les états de conscience qui ont le plus haut coefficie normal sont : ou bien les représentations des objets de nos instincts, de nos passions, de nos émotions, c’est-à-dire d’objets qui provoquent en nous des réactions spontanées ; ou bien les sensations de plaisir ou de douleur ; ou bien les idees auxquelles pour une raison ou une autre, nous avons pris 1 a itude d’obéir, si bien qu’elles provoquent toujours et comme par un droit acquis, une réaction immédiate ; ou enfin les représenlations d’objets présents, ou

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