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CHAPITRE XXVI

OÙ les impulsions déclanchent si vite l’action que les inhibitions n’ont pas le temps de se produire. Il se rencontre surtout chez ces tempéraments mousquetaires et « vif-argent », tout débordants de vie, vrais moulins à paroles, qui sont si fréquents chez les Slaves et chez les Celtes, et si opposés au tempérament flegmatique et réfléchi des Anglais. Ces gens nous font l’effet de singes ; et nous leur faisons l’effet de mollusques. Il est impossible de dire qui d’eux ou de nous fait preuve d’une plus grande énergie. Prenez un Italien « explosif » et un Yankee « rentré » ; donnez-leur un même capital de vie, d’intelligence et de sensibilité juste. Le Yankee pourra tenir sous clefs ce capital, jusqu’à vous faire douter qu’il le possède ; tandis que l’Italien le dépensera à se tailler le rôle d’un fier-à-bras irrésistible. C’est lui qui sera le roi de la société ; il chantera les chansons, fera les discours, organisera les parties, les jeux et les charades, embrassera les jeunes filles, se battra avec les hommes, relèvera au besoin les courages abattus, relancera les entreprises désespérées, donnera à croire, en un mot, qu’il a plus de vie dans son petit doigt qu’un homme correct et judicieux dans tout son corps. Cependant l’homme correct et judicieux a peutêtre de quoi mener tout ce train, et même un plus enragé : mais un frein intérieur lui comprime ses forces. C’est l’absence de scrupules, de réflexion et de souci des conséquences, et la simplification extraordinaire de chaque instant de sa vie mentale qui permettent à l’explosif une telle montre d’énergie et d’aisance ; ce n’est pas nécessairement une surabondance de passions, d’impulsions et de pensées. A mesure quelle évolue, la conscience humaine se complique, et ses impulsions voient croître le nombre de leurs inhibitions réductrices. Quelle liberté de langage ne perdons-nous pas, nous autres Anglais, à

LA. VOLONTÉ

nous sentir toujours obligés de dire la vérité 1 Cette prédominance des inhibitions a son mauvais comme son bon côté : quand un homme a des impulsions, à tout prendre, aussi justes que promptes, assez d’intelligence pour les mener à bonne fin, assez de courage pour accepter leurs conséquences, il n’y a qu’à le féliciter de posséder un tempérament constamment sous pression et « chargé », et d’ignorer 1’ « anémie et les pâles couleurs de la pensée ». Ce type impulsif à l’esprit simple et prompt a peuplé l’histoire de généraux et de révolutionnaires heureux. Un homme pondéré trouve les questions autrement compliquées et difficiles ; il y découvre à chaque instant des obstacles qui l’arrêtent. Sans doute il a sur l’impulsif l’avantage de résoudre des problèmes plus vastes, et d éviter plus d’erreurs ; mais quand celui-ci ne commet pas trop de bévues, ou se trouve toujours capable de réparer celles qu’il a faites, il réalise l’un des types d’hommes les plus attachants et les plus indispensables.

Les forces d’inhibition peuvent se trouver trop faibles pour contenir l’explosion des tendances impulsives : c’est ce qui arrive dans l’enfance, dans certains étajts d’épuisement, ou encore dans certains cas pathologiques. On se trouve alors en présence de tempéraments accidentellement explosifs, qui, dans d autres circonstances, se rapprocheraient plutôt du type « concentré ». De même, les hystériques, les épileptiques, les criminels appartenant à cette catégorie de nerveux que les Français appellent des « dégénérés », ont une constitution mentale si faible que leurs impulsions se déchargent avant que les inhibitions antagonistes aient pu se produire. Même des individus à volonté naturellement saine peuvent, par suite de mauvaises habitudes, se montrer aussi « détraqués », surtout en ce qui concerne le mécanisme de certaines impulsions. Demandez à des ivrognes pourquoi ils suc-

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