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CHAPITRE XXVI

combent si souvent à la tentation, et la moitié vous répondront qu’ils n’en savent rien : ils sont entraînés par une sorte de vertige. Leurs centres nerveux sont munis d’écluses qui s’ouvrent pathologiquement à chaque idée de verre ou de bouteille qui passe. Ce n’est point qu’ils aient soif, ni que la boisson leur semble particulièrement délicieuse : ils peuvent même lui trouver un goût répugnant ; et fatalement ils prévoient le remords qui les ravagera demain.' Mais ils n’ont pas plutôt vu ou imaginé la fatale liqueur que déjà ils se préparent à la boire, sans pouvoir arrêter le geste : c’est là tout ce qu’ils pourront vous dire. De même, un homme peut passer sa vie à faire l’amour, ou à s’abandonner aux plaisirs sexuels, sans que l’y pousse l’impétuosité d’une passion ou d’un désir ; l’occasion la plus banale, lui suggérant à la fois la tentation et les moyens d’y céder, suffît à le faire tomber. De tels caractères sont trop peu consistants pour être mauvais dans le sens profond du mot. Les canalisations nerveuses de leurs impulsions naturelles (ou anti-naturelles) sont si largement ouvertes qu’elles sont envahies et inondées à la moindre hausse du niveau de l’innervation. C’est l’état que la pathologie désigne sous le nom de « faiblesse irritable ». La période d excitation naissante ou latente est alors si abrégée que les tissus nerveux n’ont pas le temps d arriver à un bien haut coefficient de tension interne ; aussi, toute 1 activité et l’agitation déployées à l’extérieur n’est-elle pas nécessairement l’indice d’une émotion hien forte dans la conscience. Le tempérament hystérique est le terrain de prédilection de ces phénomènes d équilibre instable ; un hystérique péut donner les marques de l’aversion la plus vive et la plus déterminée pour une ligne de conduite, et l’instant d après s’y jeter tête baissée avec des marques non moins vives d’emballement.

LA VOLONTÉ

2) Par excès d’impulsion. — Les mêmes phénomènes d’activité désordonnée et impulsive peuvent, d’autre part, se rencontrer chez des gens dont les ^ tissus nerveux conservent leur tonalité ordinaire, et dont les inhibitions ont un coefficient normal, sinon même un plus grand : c’est qu’alors les impulsions acquièrent une énergie extraordinaire. L'occasion qui n’eut déterminé chez d’autres que la suggestion passagère d’un acte possible, détermine ici l’obsession tenace d’un acte nécessaire. Les ouvrages qui traitent de la folie sont pleins d’exemples de ces idées fixes et morbides, et des luttes désespérées que leur livrent leurs malheureuses victimes, suant l’agonie à se débattre contre un torrent qui finit par les entraîner.

Un homme sain ne saurait imaginer jusqu’où peuvent s’exalter les désirs d un dipsomane, d un opiomane, ou d’un homme adonné au chloral. Écoutez ces confessions de dipsomanes, que je cite au hasard. « S’il y avait dans un coin d’une chambre un flacon de rhum, et, entre moi et ce flacon, la mitraille ininterrompue d’un canon, je ne pourrais m empêcher de traverser cette mitraille pour avoir le rhum. »

« Si je me trouvais avoir une bouteille d’eau-de-vie à ma droite et le trou de l’enfer à ma gauche, avec la certitude d’être précipité dans fenfer aussitôt que j’aurais touché à la bouteille, je ne pourrais m’empêcher de la prendre. M Le docteur Mussey, de Cincinnati, rapporte les cas suivants. « Il y a quelques années, un ivrogne fnt placé dans un hospice de cet Etat. Les premiers jours il imagina, pour se procurer du rhum, toutes sortes d’expédients, dont pas un n’eut de succès ; à la fin, il en découvrit un qui réussit. Il se rendit la grange au bois, mit une main sur le

bloc et se la trancha d’un coup de hache porté par j’autre main. Puis il courut à la maison avec son

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