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CHAPITRE XXVI

moignon tout sanglant, en s’écriant : « du rhum, du « rhum, ma main est coupée ! » Dans la confusion et le désarroi du moment, on lui apporta un bol de rhum ; il plongea le membre mutilé dans le liquide qu’il but ensuite avidement, en poussant ce cri de triomphe ; « maintenant, j’ai ce que je voulais ! .» Le docteur J.-E. Turner cite le cas d’un homme qui, au cours d un traitement contre 1 ivresse, trouva le moyen, en quatre semaines, de boire en cachette l’alcool de six bocaux contenant des pièces anatomiques. Comme on lui demandait pourquoi il avait commis cet acte répugnant, il répondit : « c’est plus fort que moi : je ne « saurais pas plus m’empêcher de boire qu’empêcher « mon cœur de battre (1). »

L idée fixe n’est pas nécessairement toujours aussi horrible ; mais elle peut durer toute la vie. Tel malade, par exemple, se sent toujours les mains sales, et ne peut s’empêcher de les laver sans cesse. Cependant elles sont propres, et il le sait; mais il ne les en lave pas moins, pour se débarrasser de son obsession. L instant d’après elle revient; et le malheureux, qui ne se fait au reste pas d’illusion, finira par passer toute la journée au lavabo. Ou bien ce seront ses vetements qui lui feront l’effet de n’être pas « bien mis », et il ne fera que les enlever et les remettre deux et trois heures durant. Presque tout le monde est plus ou moins exposé à de ces accidents-là : à qui n est-il pas arrivé, sitôt au lit, de se demander s’il n a pas oublié de fermer la porte de l’appartement ou le bec de gaz . On se lève alors la plupart du temps, moins pour être convaincu de la réalité de l’oubli, que parce qu on ne voit pas d’autre moyen de chasser un doute enervant et de s’endormir ensuite.

(1) Cité par G. Burr, chological and Medico-L

Jnsanitg of Ebriety, dans iV. Y. Psyegal Journal, déc, 1874.

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