L.\ VOLONTÉ
Volonté « obstruée ». — Nous avons examiné jusqu’ici les cas où il y a défaut d’inhibition ou excès d’impulsion ; nous allons maintenant étudier les cas, tout à fait opposés, où il y a excès d’inhibition ou défaut d’impulsion. Nous avons tous fait l’expérience de cet état, décrit page 282, où la volonté perd pendant quelques instants son pouvoir de concentration, et ne peut absolument fixer son attention sur un objet déterminé. Nous restons alors sans rien faire, le regard fixe et perdu ', rien n’est à vif dans notre conscience, ses états demeurent enveloppés d’une brume ép-aisse qu’ils ne sauraient déchirer : ils sont présents et inefficaces. Toujours quelques états sont ainsi, présents et inefficaces dans une conscience normale ; mais presque tout le contenu de la conscience peut en venir là, dans certains cas de grande fatigue et d’épuisement. On a alors affaire à une apathie qui ressemble fort à Y aboulie des cliniques, c’est-à-dire à un symp- ■ tôme de maladie mentale. La santé de la volonté,
' nous l’avons déjà dit, requiert à la fois une claire perception du parti à prendre, et l’obéissance de 1 action à cette perception-là. Dans l’état morbide dont nous parlons, l’intelligence peut conserver toute la clarté de son regard ; mais, ou bien l’action manque à se produire, ou bien, si elle se produit, elle manque à suivre la direction de l’intelligence.
De là ce déséquilibre intérieur, dont un poète a donné la formule classique : « Video meliora proboque, détériora sequor ». Tout le drame moral de la vie tient essentiellement, et presque uniquement, à cette rupture du lien naturel qui doit enchaîner la perception de la vérité et l’action, à cette impuissance de réaliser à vif certaines idées et de leur conférer l’efficacité. Car ce n’est pas tant dans leurs façons de sentir et de penser que les hommes diffèrent ; et on aurait tort de conclure de la diversité de leurs con-