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CHAPITRE XXVI

nous faisons prévaloir les motifs rares ou supérieui-s ; tandis que les motifs inférieurs, même au moment où nous refusons d’y acquiescer, ne cessent pas de nous paraître ouvrir sous nos pas un chemin autrement aisé et doux à suivre. Le patient qui se retient de crier sous le scalpel du chirurgien, l’honnête homme qui hrave le qu’en dira-t-on pour accomplir son devoir, etc., ont vraiment conscience de suivre la ligne de là résistance la plus grande à ce moment précis. Aussi parlent-ils de vaincre et de dompter leurs tentations ou leur nature. Vaincre et dompter sont des verbes actifs, dont n’usent pas les fainéants, les ivrognes et les poltrons quand ils se racontent ; On ne les entend pas parler de victoires remportées sur leur activité, sur leur sobriété, sur leur courage. Et, si nous simplifions les mobiles de la conduite en les ramenant aux deux catégories antagonistes des penchants ou de l’idéal, nous trouverons bien des hommes moraux pour nous dire qu’ils ont triomphé de leurs penchants, mais non point des hommes sensuels pour nous dire qu ils ont triomphé de l’idéal. Au contraire, ceux-ci n auront à la bouche que des formules de passivité : ils diront qu’ils ont oublié leur idéal, qu’ils ont été sourds au devoir, etc. : toutes expressions impliquant qu’il n’est aucunement besoin d’effort ni d’énergie pour neutraliser les motifs supérieurs, et que la ligne des penchants est celle des plus grandes énergies naturelles, dont les très petites énergies de 1 idéal ne sauraient jamais triompher sans le secours d’énergies supplémentaires et artificielles. C’est l’effort qui fournit cet appoint ; c’est à l’effort que l’idéal doit de pouvoir faire varier ses forces, tandis que celles des penchants semblent fixées une fois pour toutes à un taux déterminé. Mais l’effort lui-même, qu’est-ce qui détermine son intensité, sinon la résistance même des penchants qu’il doit vaincre ? A petite résis-

LA VOLONTÉ

tance, petit effort ; à grande résistance, grand effort.

Si bien que, si nous voulons donner de l’action morale une définition succincte et conforme aux faits, nous ne saurions mieux dire que .de l’appeler une action dans le sens de la plus grande résistance.

Si donc nous voulons schématiser les faits, représentons par P les penchants inférieurs, par I l’idéal et ses motifs supérieurs, et par E l’effort ; et nous aurons :

En d’autres termes, E s’ajoutant à I rompt l’équilibre des énergies naturelles au détriment de P, qui perd le privilège de déterminer l’action. Mais E n est pas partie intégrante de I. Il est une force additionnelle, indéterminée ante rem. Nous pouvons l’augmenter ou le diminuer à volonté ; et si nous lui donnons une intensité suffisante, nous renverserons le rapport des résistances mentales, et ferons de la plus grande la plus petite. Telle est au moins la première impression que les faits produisent sur nous. Nous ne voulons pas encore discuter la valeur de cette impression ; mieux vaut continuer encore nos analyses.

Le plaisir et la douleur comme mobiles d’action. — L’action est déclanchée par des objets et des représentations d’objets ; mais sitôt commencée, elle occasionne des plaisirs et des douleurs qui la modifient et règlent son cours ; et bientôt les représentations de ces plaisirs et de ces douleurs acquièrent à leur tour une efficacité propre d’impulsion et d’inhibition. Non pas que l’idée de plaisir soit nécessairement un plaisir (c’est même généralement le contraire : Nessun maggior dolore, comme dit Dante) ; non pas que l’idée de douleur soit nécessairement une douleur (« le souvenir des souffrances est souvent bien ao’réable », selon Homère). Mais, de même que le plai-

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