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CHAPITRE XXVI

sir actuel renforce énergiquement l’action agréable, et que la douleur actuelle entrave non moins énergiquement l’action désagréable, ainsi les représentations soit du plaisir, soit de la douleur se rangent parmi les états de conscience affectés des plus hauts coefficients d’impulsion ou d’inhibition. Mais dans quel rapport se trouvent-elles avec les autres états de conscience ? La question est délicate ; nous n’y saurions porter trop d’attention.

Un mouvement est-il agréable : nous le répétons indéfiniment, tant qu’il continue à nous causer du plaisir. Nous blesse-t-il au contraire : aussitôt nos contractions musculaires se détendent instantanément. L’inhibition est alors si puissante qu’il nous est à peu près impossible de nous couper ou de nous mutiler lentement et délibérément : notre main se refuse invinciblement à provoquer cette douleur. Par contre, bien des plaisirs, une fois que nous les avons goûtés, nous obligent presque à faire sans cesse les actions auxquelles ils sont liés. Plaisirs et douleurs ont ainsi sur Faction une influence si étendue et si évidente que, aux yeux d’une philosophie trop pressée de conclure, ils sont les seuls mobiles de notre activité, et des mobiles partout présents, là même où on les croit absents, faute de les remarquer, parce qu’ils se dissimulent parmi les images « éloignées » qui décident de Faction.

C’est là une grande erreur. Si important que soit le rôle du plaisir et de la douleur dans notre activité, ils sont loin d’en être les mobiles exclusifs. Ils n’interviennent aucunement, par exemple, dans les manifestations de nos instincts, et dans l’expression de nos émotions. Qui sourit pour le plaisir de sourire, ou fronce le sourcil pour le plaisir de froncer le sourcil ? Oui rougit pour éviter le désagrément de ne pas rougir ? Qui s’abandonne aux gestes de la colère, du

LA VOLONTÉ

chagrin ou de la peur, pour les jouissances qu’il attend de ces gestes ? Tous ces mouvements ont pour cause l’action d’un excitant, .qui déclanche fatalement dans le système nerveux un mécanisme tout fait pour lui ; et cette action est une vis a tergo, une forcé d’impulsion. Qu’ils nous excitent par leur présence sensible ou seulement par leur représentation, les différents objets de notre colère, de notre amour, de notre crainte, de nos sourires ou de nos larmes, sont ainsi doués d une efficacité impulsive immédiate et originale. L’impulsivité des états de conscience leur appartient comme une qualité primitive et irréductible ; ils l’ont tous, qui plus, qui moins, qui dans un sens, qui dans l’autre ; les sensations de plaisir et de douleur y participent, de même que les perceptions ou les images objectives, sans que ni celles-ci ni celles-là puissent en revendiquer le monopole exclusif. Il est de l’essence de tout fait de conscience (ou du processus nerveux qui le sous-tend) de déterminer un certain mouvement, mouvement qui différera selon l’objet qui le provoque et l’animal qui l’exécute. Pourquoi tel objet px’ovoque-t-il tel mouvement chez tel animal, et tel autre mouvement chez tel autre animal ? Je n’en sais rien ; demandez-ïe aux théoriciens de l’évolution, qui se chargent des problèmes d’origine et d’adaptation. Mais l’objet provoque le mouvement, et cela me suffit. Quelle que soit leur origine, les impulsions existent, et il faut les prendre comme elles sont. On fait preuve d’un finalisme singulièrement étroit et fanatique, quand on s’entête à les ramener toutes à un mécanisme d’attractions et de répulsions inconscientes déterminées par des plaisirs et des douleurs. La représentation du plaisir fait agir, cela ne fait pas de doute ; les autres représentations font également agir, cela n’est pas moins certain. C’est à l’expérience qu’il faut demander la liste des représentations motrices.

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