CHAPITRE XXVI
et souffrance. Tout le inonde sait ce que c’est que de porter sans cesse la main à une blessiire, à une dent malade, etc., uniquement pour en exprimer de la douleur. Si nous respirons quelque part une odeur désagréable que nous ne connaissons pas, nous ne nous tenons pas de la renifler à nouveau, pouf vérifier une fois de plus à quel point elle est désagréable. Aujourd’hui même, je me suis surpris à me répéter maintes fois un jeu de mots dont la stupidité écœurante expliquait seule la fascination : plus il me répugnait, plus il m’obsédait.
L’état de conscience qui fixe l’attention détermine l’action. — Si l’on veut donner un nom à la- qualité qui vaut à un état de conscience sa valeur d’impulsion ou d’inhibition, on n’en saurait trouver de meilleur que celui à'inlérêl. Car dans la catégorie des états de conscience intéressants il y a place, non seulement pour les plaisirs et les douleurs, mais encore pour les fascinations morbides, les obsessions énervantes, et même pour les simples habitudes, —
• d’autant que l’habitude canalise d’ordinaire l’attention, et qu’il y a synonymie à parler d’objets d’attention ou d’objets d’intérêt. Il semble qu’il faille chercher la cause profonde de l’efficacité impulsive d’une idée, non pas du côté des voies de décharge et dans l’aptitude de cette idée à les exciter (cette aptitude se retrouve dans toutes les idées), mais bien du côté de la conscience et dans l'aptitude de Vidée à la conquérir et à y monopoliser Vattention. Toute idée qui domine dans la conscience, sans qu’une rivale arrive à l’y supplanter, est une idée qui réalisera inévitablement tout son automatisme moteur, et dont l’impulsion produira naturellement tous ses effets. C’est ce que nous avons constaté déjà à propos de l’instinct, de l’émotion, de l’action idéo-motrice ordinaire, de la suggestion hypnotique, de l’impulsion morbide, et
LA VOLONTÉ
de la voluntas invita : l’idée qui décide de l’action est tout simplement celle qui retient l’attention. Ce mécanisme psychologique ne change pas quand le mouvement est déterminé par des représentations de plaisir et de douleur : celles-ci encore éliminent tous les autres états de la conscience, au moment où elles réalisent leurs propres effets « volitionnels ». Enfin, on le retrouve également, au moment du fiat, dans les actions des cinq types étudiés plus haut. Bref, on ne voit pas dè cas où l’efficacité des impulsions n ait pas pour première condition une énergique prise de possession de la conscience. A fortiori en est-i de même de l’efficacité des inhibitions : pour neutraliser une impulsion, il suffit de penser aux motifs qui s y opposent ; leur seule présence dans la conscience suffit à déterminer le veto, et à rendre impossibles les actes les plus attrayants par ailleurs. Quelle energie triomphante ne pourrions-nous pas déployer a 1 instant, si nous pouvions seulement mettre de cote nos scrupules, nos doutes et nos craintes 1
Le vouloir s’achève dans la conscience : il n est qu’un rapport entre cette conscience et ses idées. — Ainsi donc, tous ces préliminaires resserrent de plus en plus le champ de nos recherches sur le processus volitionnel, et ne nous permettent plus d’espérer trouver l’essence et le fond de sa nature hors des conditions qui assurent à une idee la prépondérance dans la conscience. Une fois cette prepon dérance réalisée en fait, la psychologie de la vohtion est finie. Ce qui suit, c’est-à-dire les mouvements par lesquels s’exécute la vohtion, relève exclusivement de la physiologie et de ses lois, celles qui régissent les phénomènes nerveux correspondant aux phenomenes psychiques. Le vouloir s’achève dans la conquête de la conscience par l’idée ; que l’idée se réalise ou non, cela ne le regarde point. Je veux écrire : j’ecris ; je