CHAPITRE XXVI
veux éternuer : je n’éternue point ; je veux que cette table vienne du coin de ma chambre vers moi ; elle ne vient point. Dans ces trois cas, mon vouloir est également parfait; seulement, les trois représentations sont inégalement efficaces : la première agit sur les centres de l’écriture, la seconde n’agit pas sur les centres de l’éternuement, la troisième ne meut point la table. Mais qu’importe ? La volition est un acte exclusivement psychique et moral, et qui est parfait dès qu’il a installé la représentation à demeure dans la conscience ; les mouvements consécutifs à cette représentation ne sont ici que des épi-phénomènes tout à fait accessoires, qui relèvent de ganglions nerveux fonctionnant hors de la conscience. Si les ganglions font exactement leur travail, le mouvement s’accomplit en perfection. S’ils ne le font qu’imparfaitement, on a la danse de Saint-Guy, l’ataxie locomotrice, l’aphasie motrice, ou des maladresses de moindre conséquence. S’ils ne le font pas du tout, aucun mouvement ne s’ensuit, et on parle de paralysie : le sujet peut faire des efforts très énergiques, contracter même les autres- muscles de son corps, sans que le membre paralysé se meuve. Mais, dans tous ces cas d’inégale obéissance du corps à l’esprit, la volition est toujours intacte et parfaite comme processus psychique.
L’effort volitionnel est un effort d’attention. — Nous voici donc au cœur du problème de la volition ; quel est le processus qui assure à la représentation d'une action quelconque une prépondérance stable dans la conscience ? Quand cette prévalence s’établit sans effort, ce processus est de ceux que nous avons étudiés dans les chapitres de la sensation, de l’association et de l’attention. Nous avons alors dégagé les lois grâce auxquelles un état peut arriver à la conscience et s’y fixer, et nous avons vu que l’intérêt et
LA VOLONTÉ
l’assoeiation sont ici des principes d’explication qu’on ne saurait dépasser, quelle que soit leur valeur. Nous ne saurions revenir sur ce point. Mais quand la prépondérance de l’idée s’accompagne du phénomène de l’effort, la question s’obscurcit étrangement. Déjà, dans le chapitre de l’attention, nous avons remis à plus tard des conclusions définitives sur le cas de l’attention avec effort ; et nous voyons maintenant que ce phénomène constitue toute la volition sous toutes ses formes. Le vouloir le plus volontaire qui soit se trouve essentiellement réalisé dans l attention que nous donnons à une représentation difficile, pour la maintenir énergiquement sous le regard de la conscience. C’est cela même qui constitue le fiat ; et si des mouvements résultent immédiatement de la représentation ainsi soutenue par l’attention, il n y a là qu’un accident purement physiologique.
L'effort d’attention est donc l'acte essentiel de la volonté (1). Il n’est sans doute pas un de mes lecteurs
(1) Il importe de bien distinguer cet effort volilionnel de l’effort musculaire, avec lequel on le confond généralement. Celui-ci est une synthèse de toutes les sensations périphériques occasionnées par une contraction musculaire. Ces sensations sont plutôt désagréables quand elles atteignent une certaine « masse » et que le corps est fatigué, surtout si elles s’accompagnent d’arrêts de la respiration, de congestion a la tète, de meurtrissures aux doigts des mains et des pieds ou aux épaules, et de tension dans les articulations. Elles peuvent alors, mais alors seulement, être l’occasion d’un effort^ voli- ' tionnel, en tant que la conscience, les pensant expressément comme désagréables, se force néanmoins à maintenir sous son regard la représentation de leur réalité, ce qui entraîne leur réalisation. Que cette réalisation se fasse par l’intermediaire de l’activité musculaire, c’est ici un détail sans impor tance. Il y a des cas où le fiai exige un grand effort volitionnel et n’entraîne que des contractions musculaires insignifiantes, quand, par exemple, il s’agit de sortir du Ut et de prendre son bain par une matinée froide. De meme, un soldat