‹ Précis de psychologieChapitre 322 sur 348 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

qui n’en soit convaincu par sa propre expérience, pour peu qu’il se soit senti sous l’emprise ardente d’une passion. Quelle est donc la difficulté qui empêche un homme affolé par la passion d’agir comme s’il n’était conseillé que par la froide raison ? Ce n’est certainement pas une difficulté d’ordre physique. Physiquement, il est aussi facile d’éviter une rixe que de l’engager, de mettre son argent dans sa poche que de le gaspiller pour ses plaisirs, de s’éloigner que de s’approcher de la porte d’une coquette. La difficulté est d’ordre mental : c’est d’ohtenir que l’idée de l’action sage reste inébranlée sous le regard de la conscience. Quand nous sommes sous le coup d’une violente émotion, tout en nous tend à n’accepter que les images ayant quelque affinité avec cette émotion même. Si d’autres images viennent par hasard à se montrer, elles sont immédiatement étouffées et éliminées. Sommes-nous joyeux? Il nous est impossible de soutenir un instant l’idée d’embûches et d’obstacles cependant semés sous nos pas. Sommes-nous d’humeur sombre? Nous ne pouvons penser à un renouveau de succès, de voyages, d’amours et de joies. Désirons-nous nOus venger? Nous ne saurions plus voir dans notre ennemi un homme de même nature que nous. Les froids avis que nous recevons d’autrui dans la fièvre de la passion sont bien ce qu’il y a au monde de plus agaçant et de plus exaspérant. Nous ne pouvons y répondre ; nous sommes trop irrités pour cela. Car, grâce à cet instinct de défense que possède la passion, nous sentons fort bien que ces

immobile sous la mitraille, et qui s’attend à des sensations désagréables lui venant de l’inaction de ses muscles, déploie toute sa volonté à soutenir cette attente, et cet effort de la volonté est le même qu’on trouve dans un effort musculaire douloureux. La difficulté consiste de part et d’autre à affronter une représenlaiion pénible en acceptant sa réalisation.

LA VOLONTÉ

idées glacées, pour peu que nous leur donnions entrée en notre âme, feraient tant qu’elles arriveraient à y éteindre la vive flamme de nos désirs, et à y ruiner de fond en comble tous nos châteaux en Espagne. Tel est l’inévitable effet des idées raisonnables dans une âme troublée, dès quelles obtiennent de s’y faire entendre en silence ; aussi la passion se reconnaîtelle à ce signe que toujours et partout elle cherche à étouffer leur voix, alors même qu’elle est le plus faible. « Je ne veux pas penser à cela I Ne me parlez pas de cela 1 » Tel est le cri spontané de^la passion qui sent des pensées dégrisantes sur le point de l’arrêter à mi-chemin. Il y a quelque chose de si glacial dans ce bain d’eau froide, quelque chose de si hostile à l’ardeur qui nous emporte, une telle négation de la vie dans cette raison qui pose sur notre cœur sa de squelette et nous assassine de ses « Halte là ! N y pense plus ! Renonce ! Reviens sur tes pas ! Calmetoi ! », que ce n’est pas merveille si la plupart des hommes pensent alors percevoir en de si froids avis

le glas de la mort.

L’homme de volonté forte est celui qui entend sans se détourner la voix encore faible de la raison ; qui, sans baisser les yeux, voit venir l’idée messagere de mort lui fait bon accueil, s’y attache énergiquement, l’affirme et la défend contre le bataillon des représentations qui lui donnent l’assaut et la voudraient bouter hors de la conscience. Ainsi soutenue par un effort résolu de l’attention, l’idée antipathique réussit bientôt à rassembler ses amies et ses associées, et hni nar changer du tout au tout la conscience d un homme. Et avec la conscience, l’action change ; car 1 ffiee uomœlle ne manque pas de produire tous ses effets moteurs, sitôt qu’elle est maîtresse incontestée du champ mental. Toute la difficulté est de 1 y installer. R faut que l’attention résiste au courant naturel qui

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