CHAPITRE XXVI
l’entraîne vers d’autres pensées, et se tende à soutenir la pensée qu’il s’agit de faire triompher, jusqu’à ce qu’ enfin celle-ci ait assez de force pour se soutenir elle-même aisément sous le regard de la conscience. Cet effort de l’attention est l’acte fondamental de la volonté qui, pratiquement, n’a plus rien à faire, dans la plupart des cas, quand l’idée naturellement antipathique a pu s’établir à demeure dans la conscience. Alors, grâce au lien mystérieux qui unit les idées et les centres moteurs, les fonctions corporelles entrent en jeu, et les organes obéissent naturellement à l’esprit d’une' manière dont nous n’avons pas même une connaissance conjecturale.
D’après tout ce qui précède, on peut voir que le point d’application immédiat de l’effort volitionnel est à chercher exclusivement dans le monde mental. Tout le drame est dans la conscience ; toute la difficulté est d’ordre psychique, et porte sur l’objet d’une idée. Bref, c’est cette idée qui est le point d’application du vouloir. Laissée à elle-même, elle glisserait hors de la conscience ; mais nous ne voulons pas la laisser glisser. La seule efficacité de l’effort est de réaliser un consentement à la présence exclusive de l’idée ; et sa seule fonction est d’obtenir le sentiment de ce consentement. Pour cela il n’y a qu’un moyen : maintenir l’idée à laquelle il s’agit de consentir, l’empêcher de vaciller et de disparaître, la soutenir énergiquement devant la conscience, jusqu’à ce qu’enfin elle la remplisse. Le consentement à l’idée et à son objet n’est autre que cette conscience ainsi remplie par l’idée et par ses associées et ses harmoniques. Si, maintenant, cette idée se trouve impliquer un mouvement corporel, soit comme son objet propre, soit comme l’objet d’une de ses associées, le consentement laborieux qu’on lui donne prend le nom de « volition motrice » . Car la nature seconde alors instantanément nos bonnes
LA VOLONTÉ
volontés intérieures, en les faisant suivre de changements extérieurs qui sont de son ressort. Elle ne le fait qu’en un seul cas, qui est celui de nos propres mouvements corporels. Que ne s’est-elle montrée plus généreuse, et que n’a-t-elle fait un monde dont tous les éléments obéiraient aussi immédiatement à notre volonté !
Quand nous avons décrit le type de la « décision raisonnable », p. 573, nous avons dit qu’il présupposait généralement une conception nette et juste du cas à décider. Or, quand cette conception juste se présente comme inhibitive de nos impulsions, nous employons généralement toute notre sagacité à l’éloigner de nos yeux, à lui en substituer une autre moins sévère. Nous changeons les étiquettes des choses [et « baptisons carpe le dindon »] ; ainsi pouvons-nous sanctifier nos dispositions de l’instant et assurer à notre paresse et à nos passions un triomphe incontesté. Que d’ingénieuses excuses ce procédé ne vautil pas à l’ivrogne en face des tentations nouvelles ! C’est une nouvelle liqueur qu’il faut connaître . si l’on veut se tenir au courant des progrès de la civilisation, il faut bien, en conscience, avoir une idée de toutes les marques; ou bien le vin est versé, et ce serait péché de le laisser se gâter; ou bien les amis sont là qui boivent, et ce serait une impolitesse de refuser ; ou bien l’on ne veut boire que juste ce qu’il faut pour pouvoir dormir, ou pour venir à bout de ce petit travail ; ou bien l’on ne boit pas « rapport à la boisson», mais rapport au froid qui est si vif ; ou bien c’est aujourd’hui Noël, qui ne vient qu’une fois l’an; ou bien il s’agit de se donner des forces, pour prendre des résolutions d’abstinence plus énergiques que par le passé ; ou bien ce n’est qu’une fois en passant, et une fois ne compte pas, etc., etc., ad libdum. 11 s’agira de tout ce que vous voudrez, sauf d’mro-