CHAPITRE XXVI
illusion dans le premier cas : pourquoi pas dans tous les cas ?
En réalité, la question du libre arbitre est insoluble tant qu’on se tient strictement sur le terrain de la psychologie. Il est évidemment impossible de dire après coup si l’effort d’attention accordé à une idée aurait pu être plus grand ou plus petit qu’il n’a été. Pour résoudre ce problème, il faudrait pouvoir remonter aux antécédents de l’effort, déterminer mathématiquement leurs coefficients d’efficacité, et prouver déductivement, grâce à des lois dont nous n’avons pas le moindre soupçon, que ces antécédents ne comportaient qu’une seule quantité fixe d’effort, celle qui précisément a été déployée. Il est bien certain que jamais l’esprit humain n’atteindra ni à ces mesures de quantités nerveuses ou psychiques, ni à ces déductions. Il n’est pas un psychologue, ni un physiologiste sérieux, qui s’aventure jamais à indiquer une méthode pratique pour les réaliser. Faute d’éléments puisés au cœur même du sujet, on renoncerait aisément à résoudre le problème, si des motifs étrangers ne venaient nous incliner à lui donner une solution plutôt qu’une autre. Ce n’est pas au psychologue qu’il faut demander ici l’abstention : il est trop partial, trop porté à avantager le déterminisme. Car il entend construire une science ; et toute ^cience est un système de relations déterminées, et s’arrête dès qulelle se trouve en présence de variables indépendantes. Dans la mesure donc où nos voûtions peuvent être des variables indépendantes, la psychologie scientifique doit les ignorer ; elle ne doit les traiter que dans la mesure où elles sont des fonctions fixes. En d’autres termes, elle doit s’occuper exclusivement des lois générales de la volition, des propriétés impulsives et inhibitrices des représentations, de l’aptitude de ces représentations à attirer et à retenir
LA VOLONTÉ
l’attentiori, des conditions où peut se produire 1 effort, etc. ; mais le dosage même de l’effort n’est pas de sa compétence, car il est indéterminable si nous sommes libres. Elle fait donc abstraction du libre arbitre, sans pour cela le nier nécessairement. Toutefois, une telle abstraction revient pratiquement à une négation ; et la plupart des psychologues contemporains n’hésitent pas à nier l’existence de la liberté.
Pour nous, nous pouvons renvoyer cette question du libre arbitre à la métaphysique. La psychologie n’arrivera certainement jamais à tant de précision ni de finesse qu’on puisse découvrir, à prOpos d’une décision individuelle, un désaccord entre ses propres calculs et la réalité. Que l’effort soit ou ne soit pas complètement prédéterminé, elle n’arrivera jamais à prédire infailliblement le parti qu’un homme prendra dans une circonstance donnée. Que la liberté existe ou non, la psychologie restera toujours la psychologie, et la science restera toujours la science, rien de moins, rien de plus.
Nous pouvons donc ignorer le problème de la liberté en psychologie. Comme nous 1 avons dit page 601, toute l’efficacité de feffort libre, s’il existe, consisterait à maintenir sous le regard de la conscience un motif idéal, d’en prolonger ou d’en intensifier un tant soit peu la représentation, et par là de faire définitivement pencher la balance en faveur de l’une des alternatives qui sont des candidats sérieux à l’existence. Or, quelles que puissent être les conséquences morale* ou historiques de l’accentuation d’une idée, au point de vue de la dynamique mentale et nerveuse cette accentuation va se perdre dans les infiniment petits de la physiologie, qu’une science positive devra toujours négliger.
Importance morale du phénomène de 1 effort. — bi, comme psychologue, j’oppose une fin de non recevoir