CHAPITRE III
que nous faisons attention au sommet de ces lignes, nos taches jaunes tendent à abandonner les nœuds et à remonter, et, ce faisant, à converger un peu suivant la direction des lignes, dont c’est le tour de fusionner par leurs sommets (fig. 13). Enfin, si nous portons notre attention sur les bases, les yeux descendent et divergent, et nous avons la figure 14.
En faisant courir haut et bas nos yeux le long de ces lignes, nous les faisons tour à tour converger et diverger exactement comme s’ils couraient haut et bas le long d’une ligne unique dont le sommet serait plus près de nous que la base. Maintenant, pour peu que l’inclinaison des lignes soit modérée, nous ne pouvons plus du tout les voir doubles, force nous est de les voir unies dans toute leur longueur, tant que nous fixons les nœuds. Mais . dans ce cas leur sommet nous Fig. 13. Fig. 14. semble plus rapproché que leur base ; bref, nous les voyons « stéréoscopiquement », alors même que nos yeux sont absolument immobiles. En d’autres termes, la légère disparité des bases, qui ferait diverger nos taches jaunes, nous fait voir ces bases plus éloignées, et la légère disparité des sommets, qui ferait converger nos taches jaunes, nous fait voir ces sommets plus rapprochés que le point que nous fixons. Ainsi les disparités agissent sur notre perception comme le feraient les mouvements réels de convergence et de divergence (1).
(1) Le stéréoscope le plus simple se compose de deux tubes de fer blanc de 2 à 4 centimètres environ de diamètre, peints en noir mat à l’intérieur, et (pour des yeux normaux) longs de 25 centimètres. Fermez les deux extrémités avec une
LA VUE
La perception de la distance. — Quand nous regardons des objets autour de nous, nos yeux sont sans cesse en mouvement ; ils convergent, divergent, accommodent, se détendent et parcourent en tous sens leur champ de vision. Nous voyons ce champ étendu sous trois dimensions, avec des objets inégalement distants de nous, les uns plus près, les autres plus loin.
« La vision unioculaire ne nous donne qu’une très imparfaite perception des distances. On peut s’en rendre compte facilement par diverses expériences. Celle, par exemple, très connue, qui consiste à tenir un anneau suspendu à une ficelle à la hauteur des yeux d’une personne qu’on prie de fermer un œil, et de passer une baguette dans l’anneau. Ou celle encore qui consiste à tenir un porte-plume perpendiculaire devant un œil, l’autre œil étant fermé, et à essayer de toucher en travers avec un doigt : on n’y parvient presque jamais du premier coup. Dans ces cas et autres semblables on n’a pour se guider que l’intensité de l’effort d’« accommodation » nécessaire à la vision distincte. Mais quand nous usons de nos deux yeux, la perception des distances devient bien meilleure ; les axes visuels convergent alors vers l’objet, et plus il est près, plus est grande la convergence. Nous connaissons fort bien le degré d’effort musculaire exigé pour faire converger les yeux sur tous les points assez rapprochés de nous. Quand il s’agit d’objets éloignés, nous utilisons comme indices de distance leur grandeur apparente et les perspectives
feuille de papier demi-opaque, sur laquelle vous aurez tracé une ligne d’un noir épais, longue de 2,5 cm. Appliquez alors un œil à chaque tube et regardez dedans, soit en les maintenant parallèles, soit en rapprochant leurs extrémités. Avec quelque habileté à les faire tourner vous obtiendrez toutes les variétés de fusion et de non fusion des images, et tous les effets que peut donner un stéréoscope.