ÉPILOGUE
de représentation, [élément qui n’est qu’une abstraction, si nous en croyons nos principes]. Ainsi donc, à la réalité psychique semble « correspondre » une irréalité physique ; et à la réalité physique, une irréalité psychique : et nous voilà dans un abîme de perplexités.
Rapports des états de conscience avec leurs objets. — Ces perplexités ne font qu’augmenter quand nous soumettons à la critique notre hypothèse d’états de conscience capables de connaître {cî. pp. 3 et 16). Pour le sens commun (et les sciences naturelles se placent toutes au point de vue du sens commun), la connaissance n’est qu’un rapport irréductible entre deux réalités extérieures l’une à l’autre, le sujet connaissant et l’objet connu. L’univers existe d’abord ; puis les états de conscience, qui acquièrent de l’univers une connaissance progressive et de plus en plus parfaite. Mais il est difficile de soutenir longtemps ce dualisme tel quel, et de se garder à jamais de l’idéalisme qui le dissout. Prenez ces états de conscience qu’on appelle des sensations pures (pour autant qu’il en existe), par exemple la sensation pure de bleu que l’on peut avoir en fixant le zénith par un jour de soleil. Ce bleu est-il V objet de l’état de conscience, ou une des déterminations subjectives de ce même état de conscience? Avons-nous affaire ici à la qualité d’une sensation, ou à la sensation d’une qualité ? Il est facile de voir que les façons communes de parler ne font qu’osciller de 1 un à 1 autre de ces points de vue. Pour n’avoir pas à trancher la question, on a récemment imaginé de substituer 1 expression « contenu » à l’expression « objet » ; car le « contenu » évoque l’idée de quelque chose qui n est pas tout à fait extérieur à la sensation, et qui n’est pas cependant identique à la sensation elle-même, présentée comme son contenant. Mais quelle idée claire se faire de ce contenant indépendam-
PSYCHOLOGIE ET PHILOSOPHIE
ment de son contenu ? Aussi ne reste-t-il qu’à donner un nom neutre à l’expérience immédiate du bleu ; et on l’appelle un phénomène. Et ce phénomène, nous ne le voyons pas surgir immédiatement d’un rapport entre une réalité physique et une réalité mentale. Mais c’est nous qui, le concevant comme une chose identique à elle-même (cf. p. 312), et le reliant par des rapports à d’autres choses, le faisons se dédoubler, pour ainsi dire, et se développer dans deux directions divergentes : en tant qu’il est lié à certains de ses associés, il prend figure de qualité physique et objective, et en tant qu’il est lié à certains autres, il prend figure d’état psychique subjectif.
D’autre part, une fois sortis des sensations et arrivés aux états de conscience conceptuels, il semble que nous voyons ceux-ci obéir à une loi différente. Ils paraissent se référer d’eux-mêmes et immédiatement à un objet qu’ils ne sont pas. En plus de leur « contenu » immédiat, ils présentent une « frange » (p. 21/) par où ils prétendent « représenter » autre chose que ce contenu. Le bleu dont nous venons de parler, par exemple, pris comme état substantif, était un mo , mais un mot qui avait un sens : le “ot était e contenu de l’état de conscience, et la qualité de bleu s objet. Bref, tandis que la sensation se suffisait et se limitait à elle-même, l’état de conscience conceptuel tend à se dépasser et à s’achever dans quelque chose de nlus et d’autre que lui-même.
Mais au moment où l’on en vient, comme je 1 a. fait pour la sensation, à envisager
et son objet comme deux aspects differents d une même réalité, on se trouve logiquement bien e“pecbe de maintenir son refus de morceler 1 état de con Ïie“ce en éléments. Car si le ciel bleu, considéré corme réalité physique, est une somme de parties extérieures les unes aux autres, comment refuser de