‹ Précis de psychologieChapitre 36 sur 348 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

physiologiques qui, tout en différant beaucoup dans le détail, s’accordent au moins en principe ; toutes reposent sur le postulat d’un nombre limité de processus rétiniens. Excités séparément, ces processus donnent chacun une couleur « fondamentale » ; excités ensemble, comme ils peuvent l’être par les causes physiques les plus variées, ils donnent les couleurs « secondaires ». On présente souvent les sensations de ces couleurs secondaires comme des composés psychologiques de couleurs primaires; c’est là une erreur énorme. Les sensation^, comme telles, ne sont pas composées : le jaune, par exemple, dont Helmholtz fait une couleur secondaire, est une qualité sensible aussi simple que le rouge et le vert qui sont censés le <( composer ». Il n’y a composition que des processus rétiniens élémentaires ; et ces compositions physiologiques déterminent dans les centres divers phénomènes d’où résulte pour la conscience la sensation immédiate des couleurs secondaires. Les « théories des couleurs » sont donc des hypothèses physiologiques, et nullement psychologiques ; et, pour mieux les connaître, c’est aux traités de physiologie que le lecteur devra se référer.

La durée des sensations lumineuses. — « La sensation lumineuse dure plus longtemps que son excitation. On tire parti de ce fait dans les feux d’artifices ; une fusée qui monte produit l’impression d’une traînée de lumière s’étendant bien au-delà de l’espace où brille actuellement la fusée, grâce à la prolongation des sensations produites dans les parties plus basses de sa trajectoire. C’est pour la même raison que les étoiles filantes semblent traîner des queues lumineuses. Si nous faisons tourner rapidement un disque composé de secteurs alternativement blancs et noirs, chaque point de notre rétine passe tour à tour d’une excitation (quand passe un secteur blanc) à un repos

LA VUE

(quand passe un secteur noir). Si la rotation est assez rapide, nous aurons la sensation d’un gris uni, celle que donneraient le blanc et le noir mêlés et étendus en une couche uniforme sur le disque. A chaque tour l’œil reçoit autant de vibrations qu’il en recevrait dans cette hypothèse, et il est incapable de sentir que cette excitation totale est faite d’excitations partielles alternées ; celle du premier secteur dure encore quand commence celle du second, et toutes les excitations se mêlent. Si l’on éteint brusquement le gaz dans une pièce qu’aucune autre lumière n’éclaire, l’image de la flamme persiste encore quelque temps après l’extinction (1). » Ouvrez tout d’un coup les yeux sur un décor quelconque, puis couvrez-les d’un voile opaque, vous croirez percer l’écran et voir le décor dans une lumière fantomatique. Vous pourrez même distinguer alors des détails que vous n’aviez pas remarqués quand vos yeux étaient ouverts. Ce phénomène porte le nom d’image consécutive primaire et positive. D après Helmholtz il se produit avec le plus de netteté après un tiers de seconde d’exposition à la lumière.

Images consécutives négatives. — Elles apparaissent dans des conditions plus complexes, et l’on admet que la fatigue de la rétine y joue un rôle principal.

« L’appareil nerveux de la vision se fatigue vite. Nous nele remarquons pas d’ordinaire, parce qu’il se rétablit aussitôt, et habituellement nos yeux, quand ils sont ouverts, ne sont jamais au repos ; nous les promenons deci delà, de sorte que les diverses parties de la rétine reçoivent alternativement la lumière d’objets plus brillants et d’objets plus sombres et tour à tour travaillent et se reposent. Rien ne fait mieux se rendre compte du mouvement incessant des yeux que l’essai de « fixer » quelque temps, sans dévier le regard, un petit point : sans habitude on ne peut y réussir, meme

(1) Martin, op. cil.

Page 1