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CHAPITRE III

pendant quelques secondes. Si l’on fixe un petit objet pendant vingt ou trente secondes, on s’aperçoit que tout le champ visuel devient grisâtre et obscur, parce que les parties de la rétine qui reçoivent le plus de lumière se fatiguent et ne produisent pas plus de sensation que les parties moins fatiguées qu’impressionnent les vibrations d’objets moins éclairés. Regardez pendant vingt secondes un objet noir, par exemple une tache sur une feuille blanche, etsi tout de suite après vous fixez un mur blanc, ce dernier vous paraîtra gris sombre avec une tache blanche. La tache blanche correspond aux cellules reposées par la tache noire de tout à l’heure, et maintenant en pleine et vive activité; tandis que le reste du mur blanc apparaît gris parce qu'il est perçu par des éléments préalablement fatigués. Tout le monde peut se rappeler avoir observé de ces phénomènes, surtout le matin immédiatement après le lever. Il s’en produit d analogues avec les couleurs : après avoir regardé une tache rouge,. 1 œil, tourné vers un mur blanc, voit une tache bleue-verte; c’est que les éléments qui ont perçu le rouge se sont fatigués, et la lumière blanche mêlée du mur ne provoque plus sur cette partie de la rétine que les sensations des autres couleurs primaires. C’est en tenant compte de ces observations que l’on obtient les plus grands effets dans le « mariage » des couleurs. Vert et rouge vont bien ensemble parce que chacun d’eux repose les parties de 1 appareil visuel excitées par l’autre ; aussi apparaissent-ils tous deux brillants et vifs à l’œil qui les regarde tour à tour. Au contraire rouge et orange, excitant et épuisant principalement les mêmes éléments rétiniens, s’assombrissent mutuellement, ou comme l’on dit, se « tuent » l’un l’autre.

« Regardez fixement pendant trente secondes un point placé entre deux petits carrés blancs, distants d’à peu près quatre millimètres, sur une grande feuille noire ; puis fermez et couvrez vos yeux. Vous aurez alors une image consécutive négative donnant deux carrés sombres sur une surface brillante, brillante surtout à l’entour des carrés, avec son maximum d’éclat entre eux. On appelle couronne cette bande lumineuse, et d’ordinaire on l’explique comme un effet de contraste simultané. L’image consécutive

LA VUE

sombre de chaque carré nous fait faire, dit-on, une erreur psychologique ; elle nous porte à penser que la surface claire qui l’avoisine est plus brillante tout autour du carré qu’ailleurs ; et si elle obtient son maximum d’éclat entre les deux carrés, ce fait est analogue à celui d’un homme de moyenne taille paraissant plus petit entre deux géants qu’à côté d’un seul. Cependant continuez à regarder l’image consécutive, vous avez des chances de faire de nouvelles remarques : non seulement la bande lümineuse qui sépare les deux carrés sombres est extrêmement blanche, plus blanche que la lumière idio-rélinienne normale, (voyez plus bas), mais de plus, l’image venant à s’évanouir, et les deux carrés sombres et la couronne disparaissant souvent tout entiers, la bande intermédiaire; continue seule à brdler sur un champ uniformément grisâtre. Quel contraste invoquer ici pour engendrer l’erreur de jugement? De cette expérience et d’autres semblables Bering conclut que toute lumière agissant directement sur une partie de la retine ac^it en sens inverse sur les autres parties, et que ce fait joue un rôle important dans la production des phénomènes de contraste. On peut constater des phénomènes analogues à propos des sensations d’objets colorés ; dans leurs images

consécutives négatives, chaque teinte est représentée par

sa couleur complémentaire, de même que le noir 1 est par le blanc dans la vision sans, couleurs (1). »

Ce fait est un de ceux auxquels nous avons fait allusion page 33 et qui ont fait rejeter à Hering I explication psychologique du contraste simultané.

L’intensité des objets lumineux. - Le noir est une sensation colorée. Nous ne le retrouvons que dans le champ visuel; on perdrait sa peine, par exemple, a chercher une sensation de noir dans l’estomac ou dans la paume de la main. Cependant le noir pur n est qu’une abstraction, car la rétine, meme dans une obscurité objective complète, paraît bien toujours être le siège de modifications intérieures qui produi-

(1) Martin, op. cil., pp- 525-528.

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