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CHAPITRE IV

Mais comment une forme d’onde composée peut^èlle faire entendre tant de sons à la fois ?

Depuis Helmholtz, on fait de l’analyse des vibrations composées une fonction des différents appareils de résonnance sympathique installés dans les différentes parties du canal cochléaire. La membrane basilaire est environ douze fois plus large au sommet du canal qu’à sa base, et elle se compose surtout de fibres rayonnantes qu’on peut comparer à des cordes tendues. Or le principe physique de résonnance sympathique nous dit que si des cordes tendues se trouvent près d’une source de vibrations, les cordes « accordées » vibrent aussi, les autres restant au repos. D’après ce principe, les ondes de périlymphe qui descendent la rampe tympanique suivant un certain ordre de fréquence doivent faire vibrer certaines fibres de la membrane basilaire et laisser les autres immobiles. Si donc chaque fibre vibrante excite la cellule ciliée qui est au-dessus d’elle, à l’exclusion des autres, et si chaque cellule ciliée, envoyant un courant au centre auditif du cerveau, éveille alors un processus spécifique auquel se trouve liée la sensation d’une hauteur particulière, les conditions physiologiques de nos diverses sensations de hauteurs seront expliquées. Supposez maintenant que 1 on frappe une corde pouvant donner vingt espèces différentes de vibrations : ces vibraüons seront reçues par au moins vingt cellules cillées ou organes terminaux ; et si notre oreille jouit de son maximum de délicatesse, nous aurons vingt hauteurs de son distinctes, qui seront pour l’ouïe comme vingt « objets « différents.

On admet que les piliers de Gorti sont les sourdines des fibres de la membrane basilaire, tout comme le marteau, l’enclume et l’étrier sont les sourdines de la membrane tympanique en même temps que les trans-

l’ouïe

metteurs de ses oscillations à l’oreille interne. En fait, les vibrations physiologiques doivent être instantanément étouffées, car nous ne trouvons pas ici ce que nous trouvons dans la rétine, la présence d’images consécutives positives et la fusion de sensations se succédant rapidement. — La théorie de Helmholtz sur l’analyse des sons est ingénieuse et plausible. On peut cependant lui faire une objection : c’est que le clavier du canal cochléaire ne semble pas assez étendu pour le grand nombre des résonnances possibles. Les degrés de hauteur que nous pouvons distinguer sont beaucoup plus nombreux que nos cellules ciliées, qui ne dépassent guère le chiffre de 20.000.

La prétendue « fusion » des sensations auditives. — Des ondes qui ne donnent aucune sensation de hauteur, lorsqu’elles sont 'simples, peuvent en produire une quand elles sont périodiques ; on explique communément ce fait en disant que leurs sensations fusionnent en une sensation composée. Mais on peut donner une explication meilleure en rapprochant ces faits des contractions musculaires. Si l’on envoie, à des intervalles espacés, des décharges électriques dans le nerf sciatique d’une grenouille, le muscle que le nerf commande donnera une secousse par décharge. Si, au contraire, les décharges se suivent au taux de trente par seconde, par exemple, on n’observe plus de secousses distinctes, mais un état fixe de contraction connu sous le nom de tétanos. Des expériences prouvent qu’il y a alors une accumulation ou « imbrication » des processus physiologiques dans le tissu musculaire. Ce tissu exige un vingtième de seconde, ou même plus, pour se détendre après la secousse due à la première décharge ; mais la seconde' décharge arrive avant que la détente ait pu se produire, puis arrive la troisième, et ainsi de suite, de sorte que le tétanos continu remplace les secousses distinctes. Il en est de

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