CHAPITRE V
alors qu’on ouvre les fenêtres, et qu’on s’assied dans un courant d’air dangereux : il serait plus sage et tout aussi efficace de rester tranquille pendant cinq ou dix minutes, pour permettre à la circulation de reprendre son allure normale.
« C’est aux environs de 30® et au-dessous que le sens de la température se montre le plus délicat ; on peut alors percevoir des différences de 1/10 de degré centigrade. Quant à mesurer des températures absolues, la peau en est tout à fait incapable à cause de la variation de sa sensation zéro. — Nous pouvons localiser les sensations de température comme les sensations tactiles, mais avec moins de précision (1). »
Sensations musculaires. — Il n’est pas facile de distinguer ici les sensations qui siègent dans le muscle lui-même de celles qui siègent dans le tendon et à son insertion. C’est aux insertions que la douleur est le plus forte dans la fatigue musculaire. Cependant dans le rhumatisme musculaire le muscle entier devient douloureux; et de violentes contractions, analogues à celles que produit le courant électrique ou à celles de la crampe, y causent une souffrance insupportable d’un genre particulier qui est ressentie dans toute la masse du muscle atteint. En. outre Sachs pense avoir démontré, à la fois par des expérimentations et par des dissections anatomiques, l’existence dans les muscles de la grenouille de fibres nerveuses sensitives spéciales, distinctes des -fibres motrices; cellesci finissent en « plaques terminales » et celles-là en réseaux.
On a attaché une grande importance au sens musculaire comme facteur, non seulement des perceptions de poids et de pression, mais encore de la perception de l’espace. Quand nos yeux et nos mains
(1) Martin, op. cil. (avec des omissions).
LE TOUCHER
explorent l'espace ils s’y meuvent en tous sens, ce qui a fait généralement admettre que nous ne pourrions nous apercevoir que deux points vus ou touchés sont séparés par un intervalle spatial si nous n’avions conscience de parcourir cet intervalle. Je suis évidemment loin de refuser aux expériences du mouvement leur très grande part dans la construction de nos perceptions. Mais c’est encore une question de savoir comment nos muscles nous aident dans ces expériences : est-ce par leurs sensations propres? N’est-ce pas simplement en déterminant des sensations de mouvement sur la peau, la rétine et les surfaces articulaires ? Pour ma part, je tiens cette dernière explication pour plus probable, et sans doute le lecteur partagera mon avis quand il aura parcouru le chapitre VI.
Sensations de poids. — Quand nous voulons apprécier avec précision le poids d’un objet, nous le soulevons, si c’est possible, combinant ainsi les sensations musculaires et articulaires avec les sensations tactiles. Nos jugements sont par là beaucoup plus sûrs.
D’après Weber, tandis qu’il faut, pour sentir une augmentation de sensation, ajouter 1/3 du poids, placé sur la main, la même main soulevant activement le même poids pourra sentir un accroissement de 1/17. Dans des expériences récentes et très soignées, où l’effort d’un doigt pressant le fléau d’une balance doit soulever des poids allant de 25 à 8.020 grammes, Merkel a montré qu’entre 200 et 2.000 grammes, on perçoit les accroissements de 1/13 lorsque le doigt est immobile, tandis qu’on perçoit ceux de 1/19 quand le doigt est actif. Au-dessus et au-dessous de ces limites là sensibilité perd de sa délicatesse.
La douleur. — La physiologie de la douleur est encore une énigme.. On peut faire à son sujet trois hypothèses :
1° On peut supposer que des fibres afférentes spé-