‹ Précis de psychologieChapitre 57 sur 348 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

entre réellement en mouvement, le vertige nous prend, et nous pensons nous mouvoir nous aussi ; par contre, si nous imprimons à notre tête ou à nos yeux une translation vive et soudaine, ou si nous les agitons en tous sens, c’est le champ visuel qui nous paraît se mouvoir tout entier. Une pression des globes oculaires donne la même illusion. Dans tous ces cas nous savons sans doute où est le repos et où est le mouvement ; mais, par suite des circonstances inhabituelles où ils se produisent, cette science n’arrive pas à rectifier la sensation primitive. Ainsi encore quand des nuages glissent sur la lune : nous savons qu elle est immobile, ce qui nous empêche de la voir Se déplacer plus vite que les nuages. De même quand nous prenons soin de tourner lentement les yeux, la sensation primitive subsiste à côté de la conception qui la dément victorieusement : faites attentivement cette expérience et vous aurez l’impression que tout objet vers lequel se dirige votre regard paraît venir à votre rencontre.

Mais la contribution la plus importante sur cette question se trouve dans une étude de Schneider qui l’envisage au point de vue zoologique (1). Par des exemples empruntés à toutes les branches de la série animale. Schneider montre que le mouvement est la qualité sensible par laquelle les animaux se signalent le plus facilement à l’attention les uns des autres. L’instinct de « faire le mort » ne consiste aucunement à faire le mort en effet ; il se réduit plutôt à provoquer une paralysie par la peur, et ce moyen de défeûse sauve les insectes, les crustacés et bien d’autres animaux, en les empêchant à’être remarqués par leurs ennemis. Cet instinct se retrouve à quelque degré dans l’espèce humaine : témoin l’enfant qui, jouant à cache-cache, demeure coi et retient sa respiration

(1) Vierîeljahrsch. fiir wiss. Philos., II, 377.

SENSATIONS DE MOUVEMENT

quand il sent passer le « chercheur « ; et n’est-ce pas le même instinct renversé qui nous fait involontairement agiter les bras et sauter de droite et de gauche pour attirer l’attention d’une personne éloignée? Qui ne bouge pas dissimule sa présence, à preuve l’égale immobilité de la bête féroce à 1 affût pour dépister sa proie, et de la bête traquée en sa cachette pour dépister son ennemi. Restez immobiles dans les bois et vous verrez bientôt les écureuils et les oiseaux s’approcher jusqu’à vous toucher. Les mouches se posent sur les oiseaux empaillés et sur les grenouilles au repos. D’autre part le moindre mouvement de notre chaise nous secoue brusquement d’une émotion affreuse ; un insecte qui nous frôle d’aventure, un chat venu sans bruit et qui nous souffle sur la main, etc., nous font faire un sursaut exagéré; le moindre chatouillement produit par voie réflexe des tressaillements excessifs : autant de preuves de notre excitabilité congénitale aux sensations de mouvement. Les petits chats ne peuvent s’empêcher de poursuivre une balle en mouvement. Des impressions trop faibles pour être senties le sont immédiatement si elles s’accompagnent d’impressions de mouvement. Une mouche immobile reste inaperçue que nous apercevons dès qu’elle marche. Il est des ombres tellement faibles qu’elles en sont imperceptibles, mais on les perçoit dès quelles se meuvent ; ainsi, mettez devant vos yeux fermés votre doigt en pleine lumière solaire, et vous ne le verrez pas ; rémuez-le, et vous le discernerez. De telles perceptions visuelles reproduisent les conditions de la vision chez les rayonnes.

Chez nous, le principal rôle des parties périphériques de la rétine est un rôle de sentinelles : à la moindre tache lumineuse en mouvement elles crient « qui vive^>> et appellent la tache jaune qui fait «une reconnaissance » au point indiqué. Presque toutes

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