CHAPITRE YI
les sensations tactiles de la peau ne sont ainsi que des appels aux doigts explorateurs. Et c’est le mouvement qui joue ici le rôle d excitant; peu importe quel mouvement, d’ailleurs : celui de V organe sensible sur l objet immobile équivaut à celui de V objet sur l organe immobile. Que nous explorions les formes et les dimensions des objets avec l’œil ou avec la main, 1 un et l’autre organe ne font que se mouvoir sans cesse et invinciblement. Chacun de leurs mouvements dessine sur leur surface sensorielle les points et les lignes de l’objet, les y imprime avec un relief cent fois plus vif que nature, et les introduit ainsi chez nous où l’attention les reçoit. La place énorme que ces mouvements tiennent dans le mécanisme de la perception a fait croire à bien des psychologues que les muscles perçoivent immédiatement l’espace ; l’étendue objective échapperait ainsi à la sensibilité cutanée pour ne se révéler qu’au « sens musculaire ». Mais il a manqué à tous ces auteurs de remarquer avec quelle spéciale énergie les mouvements musculaires tendent à mettre en jeu la sensibilité cutanée, et jusqu à quel point la perceptibilité des impressions sensibles dépend de la mobilité des surfaces sensorielles sur lesquelles elles tombent.
Nos surfaces articulaires sont des organes tactiles dont l’inflammation est extrêmement douloureuse. La seule excitation qu'elles puissent recevoir, en dehors dMne pression externe, vient de leurs mouvements les unes sur les autres. C’est, semhle-t-il, à la conscience de ces mouvements que se ramène avant tout la perception de nos attitudes et des positions de nos membres. Des malades chez lesquels la peau et les muscles d’une jambe sont complètement insensibles gardent souvent toute la sensibilité articulaire de ce membre ; ils le prouvent en reproduisant dans leur jambe saine les positions que le chirurgien donne à la
SENSATIONS DE MOUVEMENT
jambe malade. Goldscheider, à Berlin, a fait des expériences sur des doigts, des bras et des jambes qu’il faisait tourner passivement sur leurs articulations dans un appareil mécanique enregistrant à la fois la vitesse du mouvement imprimé et l’angle de rotation.
Il arriva que dans toutes les articulations, sauf celles des doigts, le minimum de rotation senti était de beaucoup inférieur à un degré ; or de tels déplacements, dit Goldscheider, sont difficilement perceptibles à l’œil. La perception de rotation restait entière quand on anesthésiait' la peau par des courants d’induction et se montrait indépendante des diverses pressions exercées sur la peau par la force motrice. En fait, elle gagnait en netteté à mesure que l’on éliminait ces sensations concomitantes de pression par des procédés d’insensibilisation artificiels. Mais quand on en vint à anesthésier les articulations elles-mêmes, la perception de mouvement devint de plus en plus confuse, et il fallut beaucoup augmenter les angles de rotation pour les rendre perceptibles. De tous ces faits il résulte, selon Goldscheider, que les surfaces articulaires, et elles seules, sont le siège des impressions qui nous donnent la perception immédiate des mouvements de nos membres.
Sensations de mouvements à travers l’espace. — On les peut partager en sensations de rotation et sensations de translation. Comme nous l’avons établi à la fin du chapitre sur l’oreille, le labyrinthe (canaux semi-circulaires, utricule et saccule) semble n’avoir aucun rapport avec l’audition. G est aujourd hui un fait établi que les canaux semi- circulaires sont l’organe d’un sixième sens, celui de la rotation. Quand ils subissent une excitation interne ils nous donnent les sensations connues de Y étourdissement ou du vertige, qui engendrent rapidement la sensation consécutive de nausée. Une irritation de l’oreille