CHAPITRE VI
interne donne un vertige intense (maladie de Ménière). Une irritation traumatique des canaux chez les oiseaux et les mammifères fait que ces animaux tournent sur eux-mêmes et se jettent çà et là : sans doute ils souffrent de fausses sensations de chute, etc., ce qui les mène à rétablir leur équilibre par des réflexes musculaires qui les font tomber en sens inverse. On obtient chez les pigeons des mouvements compensateurs de la tête et des yeux, soit en les faisant tourner sur eux-mêmes, soit en excitant électriquement leurs canaux membraneux. Les sourds et muets (dont beaucoup sans doute ont perdu le nerf auditif ou le labyrinthe par suite de la maladie qui les fit sourds) présentent un très fort pourcentage de sujets incapables d’éprouver le vertige par rotation. Purkinje et Mach ont établi que, quel que puisse être l’organe du sens de la rotation, il ne saurait être hors de la tête ; les expériences très soignées de Mach excluent toute localisation dans le corps.
Les canaux semi-circulaires, se présentant comme six petits niveaux à bulle d’air dans trois plans rectangulaires, semblent admirablement adaptés au rôle d’organes percepteurs des rotations. Il suffit, pour le comprendre, de supposer que, la tête venant à tourner dans le plan d’un de ces canaux, l’inertie relative de l’endolymphe accroît momentanément sa pression sur les terminaisons nerveuses de l’ampoule correspondante, et que cette pression détermine un courant vers l’organe central des sensations de vertige. Cet organe semble être le cervelet ; et tout le processus a pour but de maintenir la station droite. Tenez-vous debout les yeux fermés et portez votre attention sur tout votre corps, vous constaterez que vous ne gardez l’équilibre guère plus d’un instant. Sans cesse on esquisse une chute à droite, à gauche, etc.,
SENSATIONS DE MOUVEMENT
et on l’évite par des contractions musculaires compensatrices; à ces contractions on peut à coup sûr donner diverses causes, telles que les impressions déterminées sur les tendons, les ligaments, la plante des pieds, les articulations, etc. ; mais sans doute la cause la plus importante est le réflexe nerveux que détermine dans le membre intéressé la sensation d’un vertige naissant. On a prouvé expérimentalement que cette sensation de vertige est beaucoup plus facile à exciter que les autres impressions invoquées. Dans les cas de troubles dans le cervelet il y a également perte du réflexe compensateur, et partant perte de l’équilibre. L’irritation du cervelet produit le vertige, avec perte d’équilibre et nausée ; et des courants galvaniques passant à travers la tête déterminent, selon leur direction, diverses espèces de vertige ; il semble bien que toutes ces sensations ont pour cause une excitation directe du centre cérébelleux. En plus de ces réflexes du corps , le sens de la rotation détermine des mouvements compensateurs des globes oculaires qui tournent en sens inverse, ce qui explique quelques-uns des phénomènes dits de « vertige optique ». Une rotation continue ne cause pas de sensations ; celles-ci n’ont lieu qu’à la mise en train et à l’arrêt, ou plus généralement aux accélérations, positives ou négatives, parce qu alors seulement il y a une pression exercée sur les terminaisons nerveuses dans les ampoules. La sensation déterminée a cependant toujours une certaine durée, qui peut aller presque jusqu’à une minute, v. g. quand après avoir énergiquement tourné dans un sens on se met à tourner dans l’autre ; elle disparaît ensuite par degrés.
On discute plus sur le siège des sensations de translation, des mouvements en avant et en arrière. On a pensé le trouver dans les canaux semi-circu-