CHAPITRE VIII
du même côté s’élèvera directement jusqu’à cette place et l’essuyera ; si sur le genou d’un membre postérieur, c’est le revers de la patte correspondante qui le frottera ; au cas où la patte serait coupée, le moignon esquissera des mouvements impuissants : alors, chez bien des grenouilles, il y aura un arrêt et comme une délibération, puis un mouvement rapide de la patte opposée, encore intacte, vers le point rongé par l’acide.
Les caractères les plus frappants de tous ces mouvements sont leur juste adaptation à leur fin et surtout leur précision. Chez des grenouilles qui ont conservé leurs sensations, et que provoque une excitation suffisante, ils varient si peu qu’ils finissent par ressembler, par leur régularité mécanique, aux exercices d’une poupée sauteuse dont les jambes doivent se contracter lorsque l’on tire la ficelle. La moelle épinière de la grenouille enferme donc des arrangements de cellules et de fibres destinés à convertir les irritations de la peau en mouvements de défense. Nous pouvons dire qu’elle est le centre des mouoements défensifs chez cet animal. Nous pouvons aller encore plus loin et, en coupant la moelle épinière à des hauteurs différentes, montrer que ses segments séparés sont des mécanismes indépendants, actionnant qui la tête, qui les membres antérieurs, qui les membres postérieurs. Le segment qui commande les membres antérieurs est particulièrement actif chez les grenouilles mâles à l’époque de la reproduction ; si nous l’isolons entièrement, les pattes de devant, unies seulement à la poitrine et au dos, pourront saisir énergiquement un doigt placé entre elles et le retenir longtemps.
On peut faire des expériences analogues pour la moelle allongée, les lohes optiques et les autres centres situés entre la moelle épinière et les hémisphères de la grenouille. On démontre ainsi que
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•chacun d’eux contient un mécanisme capable d’exécuter avec précision certains actes spéciaux qui répondent à des excitants spéciaux. C’est grâce à la moelle que la grenouille avale ; par l’action combinée de la moelle et du cervelet, quelle saute, nage, et, mise sur le dos, se retourne; par celle des lobes optiques qu’elle coasse quand on la pince. Une grenouille privée seulement des hémisphères cérébraux est, pour un observateur inaverti, impossible à distinguer d’une grenouille normale.
Elle n’est pas seulement capable de faire spontanément tous les mouvements dont nous venons de parler, mais elle peut se guider par la vue, de sorte que si un obstacle se trouve entre elle et la lumière, •et qu'on la force à aller de l’avant, elle sautera pardessus ou le contournera. Elle manifeste l’instinct sexuel aux saisons appropriées et sait distinguer les mâles et les femelles de son espèce. Elle est, en un mot, si pareille à une grenouille normale qu’d faut véritablement s’y connaître pour soupçonner en elle quelque anomalie ou quelque manque ; cependant on ne tarderait pas à remarquer l’absence presque totale de mouvements spontanés, c’est-à-dire de mouvements qui ne sont pas provoqués par une excitation immédiate des sens. Les mouvements continuels qu’elle fait dans l’eau pour nager semblent être le résultat fatal du contact de l’eau avec sa peau. Ils cessent, par exemple, dès que ses pattes antérieures touchent un bâton ; car ce contact d’un solide déclanche automatiquement le réflexe des pattes postérienres qui se saisissent du bâton pour s’y asseoir. Elle ne témoigne d’ancune faim et laissera une mouche se promener sur son nez sans la happer ; elle ne témoigne semblablement d’aucune peur. C’est, en un mot, une machine extrêmement compliquée dont les actes, pour autant qu’ils subsistent, tendent tous à la conser-